Dans une tribune reçue par notre rédaction, Jovanny Moubagna, juriste publiciste, chercheur et acteur politique, alerte sur la progression du tribalisme, de l’ethnicisme et du régionalisme dans le débat public gabonais. Face à ce qu’il considère comme une menace majeure pour la cohésion nationale, la paix et le développement du pays, il appelle à dépasser les appartenances identitaires pour reconstruire un véritable pacte républicain fondé sur l’unité, l’égalité, la dignité humaine et l’intérêt général. Pour lui, la République ne peut se construire dans la logique des camps et des clivages, mais autour de valeurs et d’un idéal commun capables de transcender les intérêts particuliers. Lecture.
La haine tribale et ethnique au Gabon a atteint aujourd’hui un niveau extrêmement dangereux, y compris dans des milieux où les Gabonaises et les Gabonais s’y attendent le moins. Ce poison fragilise le tissu national, détruit la confiance entre citoyens et compromet toute perspective de paix et de développement durable. Le pays traverse une grave crise identitaire.
Il faut reconstruire l’État, restaurer la cohésion nationale et remettre la dignité humaine au cœur du pacte républicain, sans exclusion, sans stigmatisation et sans manipulation identitaire.
Dans une nation qui se veut unie, le tribalisme et le régionalisme dans le débat politique sont des dérives dangereuses. Ces maux remplacent l’idéal républicain par des fidélités identitaires étroites. Or, un agent public n’est nullement un agent public d’un clan, groupe ethnique et d’un village mais de l’Etat poursuivant une mission d’intérêt général.
Un député n’est pas le représentant d’un clan, mais du peuple dans sa diversité.
Un Président de la République n’est pas le chef d’une région, mais le garant de l’unité nationale.
Ces phénomènes présentent des risques majeurs pour la paix.
Car quand on vote selon l’ethnie ou la région, on détruit le tissu social. Le pays se fragmente au lieu de se rassembler, injustices et frustrations naissent, les compétences sont négligées au profit de l’appartenance identitaire, les exclus se sentent abandonnés, conflits politiques et violences.
L’histoire de l’Afrique montre que le tribalisme politique a souvent conduit aux guerres civiles.
Cela a pour répercussions le bocage du développement.
Un pays dirigé par favoritisme tribal ne planifie pas pour tous, il gère pour quelques-uns.
Le tribalisme est le carburant des faibles !
Nous ne bâtirons pas la République gabonaise de demain en nous regardant comme Fang, Batéké, Nzebi, Obamba, Punu, etc. Nous bâtirons ce pays en nous considérant comme des Gabonais unis par un destin commun. Le tribalisme est une tentation facile, mais l’unité nationale, elle, est un combat de chaque jour.
Le tribalisme est une stagnation ou une régression dans la construction de l’Etat moderne et la porte d’entrée royale des dominations étrangères. Alors qu’on assiste à une recomposition du monde des Etats, les Gabonais-es doivent sortir de l’étroitesse d’esprit et de l’impasse de la pensée tribale pour se donner une chance de survie dans des États libres, souverains et respectés.
Jovanny Moubagna, Juriste publiciste, chercheur et acteur politique













