Gabon : le budget de l’ITIE à seulement 10% de décaissement, le gouvernement sabote t-il son propre mécanisme de transparence?

Le Gabon aime se présenter en champion régional de la bonne gouvernance extractive. Depuis sa réadhésion à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives en octobre 2021, les autorités n’ont pas ménagé leurs déclarations publiques. En mars 2024, le Premier ministre Raymond Ndong Sima saluait lui-même l’ITIE comme « outil de promotion de la transparence et de la bonne gouvernance ». Le discours est rodé. Les chiffres, eux, racontent une autre histoire.

Le rapport de validation que le Secrétariat international de l’ITIE a finalisé en février 2025 révèle que le taux de décaissement effectif du budget alloué à la mise en œuvre de l’ITIE Gabon n’était que de 10% en 2022. Les financements prévus pour 2023 et 2024 n’avaient toujours pas été débloqués au moment de la validation. Le plan de travail 2024 est pourtant chiffré à 780 000 dollars, intégralement promis par le gouvernement. Sur papier. Dans les faits, plusieurs activités programmées ont été purement et simplement annulées, faute de moyens.

Ce n’est pas un accident comptable. C’est un pattern. Le rapport de l’ITIE documente des « retards récurrents » dans le financement gouvernemental sur toute la période 2021-2024, avec des « coupes » répétées qui ont directement impacté le fonctionnement du Groupe multipartite. Le changement de régime d’août 2023 a certes introduit un retard supplémentaire de quatre mois dans les décaissements comme le rapport le note, mais s’empresse d’ajouter que ces dysfonctionnements préexistaient largement au coup d’État. La transition n’est pas la cause. Elle est l’alibi.

Ce que le rapport ne dit pas explicitement mais que les chiffres impliquent, c’est qu’un mécanisme international de surveillance du secteur extractif gabonais, pétrole, mines, gaz, fonctionne en réalité sous perfusion, avec un financement étatique volontairement étranglé. Le Secrétariat international relève que l’absence d’un haut fonctionnaire désigné pour piloter l’ITIE aggrave la situation : le « Champion de l’ITIE » actuel n’a ni l’autorité ni la capacité de mobiliser les ressources nécessaires auprès des ministères concernés.

L’ITIE Gabon obtient un score général de 73,5 sur 100 — qualifié de « modéré », avec une composante transparence jugée « assez faible » à 54,5 sur 100. Le paradoxe est complet : le Gabon publie des rapports ITIE dans les délais, soigne la communication, mais prive méthodiquement le processus des moyens d’aller plus loin. La vitrine brille. L’arrière-boutique reste fermée.

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