Des hommes en costume, des femmes en tenue de cérémonie, des attachés-cases, des tablettes numériques, et dans les couloirs, cette effervescence particulière qui précède les grandes décisions. Depuis le 4 juin 2026, le Haut Conseil pour l’Investissement (HCI) a ouvert ses portes pour une nouvelle édition, la plus attendue de ces dernières années, après huit ans de pause.
D’un côté de la table, les représentants d’un État en pleine transition, porteurs d’une promesse de renouveau. De l’autre, des entrepreneurs, des investisseurs nationaux et internationaux, des partenaires financiers, tous venus avec leurs espoirs, leurs questions, et parfois leurs frustrations. Entre eux, plus qu’un protocole : une conviction partagée que le Gabon a tout pour réussir, à condition de se parler vraiment. C’est l’avis du Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, Thierry Minko. « Le Haut Conseil pour l’Investissement est justement l’instrument adapté pour accompagner notre politique de transformation, notamment pour soutenir les différents investissements qui seront levés dans le cadre du Plan National de Croissance et de Développement », a-t-il déclaré.

Car c’est bien là l’essence du HCI. Ce n’est pas une conférence de plus, ni une grand-messe institutionnelle organisée pour remplir un agenda. C’est, dans le paysage gabonais, le seul espace structuré où l’État et le secteur privé se retrouvent face à face, officiellement, publiquement, avec des engagements à la clé. Un dialogue institutionnalisé, rare sur le continent, qui fait du Gabon un laboratoire d’une gouvernance économique en construction.
Un mécanisme né d’une nécessité : comprendre le HCI
Le Haut Conseil pour l’Investissement a été conçu comme une réponse à un constat simple : les bonnes intentions ne suffisent pas. Pour améliorer le climat des affaires, il faut des lieux de rencontre réguliers entre décideurs publics et acteurs économiques, des diagnostics partagés, des recommandations suivies d’effets. Le HCI s’inspire des meilleurs modèles de dialogue public-privé en vigueur dans les économies émergentes dynamiques, du Rwanda à la Corée du Sud, en les adaptant à la réalité gabonaise. Depuis sa création, il a progressivement imposé sa légitimité, devenant le thermomètre officieux de la santé du climat des affaires au Gabon.
Son fonctionnement repose sur des groupes de travail thématiques, animés conjointement par des représentants de l’administration et du secteur privé. Ces ateliers produisent des recommandations concrètes : simplification de procédures, réformes fiscales, déblocage de dossiers, création de guichets uniques. Ce n’est pas un forum de paroles, c’est un atelier de solutions. Et c’est précisément ce qui lui confère sa valeur singulière dans l’architecture institutionnelle du pays.

« Nous avons présenté la structure organisationnelle ainsi que la structure institutionnelle du Haut conseil pour l’investissement (HCI), afin de permettre désormais aux cellules spécialisées de travailler sur une série de thématiques qui amèneront le gouvernement à adopter une feuille de route de réformes, laquelle sera ensuite adoptée en Conseil des Ministres, puis mise en œuvre conjointement avec le secteur privé afin d’améliorer le climat des affaires au Gabon », a affirmé Ghislain Moandza Mboma, Directeur Général de l’Agence Nationale de Promotion des Investissements du Gabon (ANPI-Gabon) et Secrétaire permanent du HCI.
Qui siège au HCI ? Des acteurs dont la présence compte
L’édition 2026 réunit un panel particulièrement représentatif. Du côté de l’État, des ministres en charge des secteurs clés, économie, mines, agriculture, numérique, transport, ainsi que des directeurs généraux d’administrations fiscales, douanières et réglementaires. Des hommes et des femmes qui ont, pour la plupart, rejoint leurs fonctions dans le sillage de la transition politique amorcée en 2023. Ils arrivent avec une feuille blanche, certes, mais aussi une légitimité renouvelée et une pression immense : celle de montrer que le changement n’est pas qu’un slogan.

En face, le secteur privé se présente en force à travers la Fédération des Entreprises au Gabon (FEG). Des grandes entreprises présentes de longue date au Gabon, des PME locales souvent négligées dans les grands discours, des investisseurs étrangers qui scrutent chaque signal avant de décider d’engager leurs capitaux, et des représentants de la diaspora gabonaise dont l’intérêt pour participer au développement du pays ne s’est jamais démenti. Leur présence collective envoie un message clair : ils sont prêts à jouer le jeu, à condition que les règles soient claires, stables et appliquées.
Les grands thèmes de 2026 : un agenda ancré dans l’urgence
Cette édition ne ressemble à aucune autre. Elle se tient dans un contexte inédit : celui d’un pays en transition politique, qui cherche à rassurer ses partenaires économiques tout en construisant les bases d’une gouvernance renouvelée. Les thèmes retenus pour 2026 reflètent à la fois les chantiers structurels de long terme et les urgences immédiates du terrain.
La diversification économique est au cœur des débats. Dans un pays dont les revenus restent encore largement dépendants des hydrocarbures, l’impératif de développer l’agriculture, le tourisme, l’économie numérique et la transformation locale des matières premières n’est plus une option, c’est une condition de survie économique. Le HCI 2026 entend formuler des propositions concrètes pour accélérer cette diversification, avec des mécanismes d’incitation à l’investissement productif hors secteur pétrolier. Parallèlement, la question du financement des PME, colonne vertébrale de l’économie réelle et premier employeur du pays, sera au centre d’un atelier dédié, très attendu par les opérateurs économiques.
Ce que cette édition doit produire : des actes, pas des vœux
Le HCI 2026 porte sur ses épaules des attentes particulièrement élevées. Pour les investisseurs internationaux, il s’agit de vérifier si le Gabon nouveau tient ses engagements. Les discours de rupture se jugent à l’aune des réformes effectives : délais de traitement des dossiers, prévisibilité fiscale, sécurité juridique des contrats, accès au foncier, lutte contre la corruption. Ce sont ces signaux concrets que les partenaires financiers attendent pour arbitrer leurs décisions de portefeuille.

Pour les entrepreneurs gabonais, l’enjeu est peut-être encore plus existentiel. Trop longtemps réduits à la portion congrue dans les grands contrats d’État ou étouffés par des charges administratives disproportionnées, ils espèrent que ce HCI marquera un tournant. Leur demande est simple, mais fondamentale : être traités comme des acteurs à part entière du développement du pays, et non comme des figurants d’un jeu dont les règles sont écrites ailleurs. Le HCI devra produire, au terme de ses deux semaines, des engagements précis, assortis de calendriers et de mécanismes de suivi. C’est à cette condition seulement qu’il pourra revendiquer d’être davantage qu’une promesse renouvelée chaque année.
Rendez-vous est pris : une semaine pour écrire l’avenir
Du 4 au 12 juin 2026, le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba sera donc le lieu où se jouera, en partie, l’avenir économique du Gabon. Pas dans les discours d’ouverture, certes importants, mais dans les salles de commission, au détour d’une négociation sur un texte réglementaire, dans l’arbitrage d’un différend entre un opérateur privé et une administration réticente. C’est là, dans ces instants souvent invisibles, que se construit ou se défait la confiance entre un État et ses investisseurs.
Le HCI n’est pas une baguette magique. Il ne transformera pas en quinze jours un environnement des affaires qui a mis des décennies à se complexifier. Mais il peut faire quelque chose de précieux : montrer que le dialogue est possible, que les réformes sont à portée de main, et que le Gabon est un pays qui prend au sérieux ses engagements envers ceux qui font le pari de l’investir. La semaine s’annonce dense, parfois tendue, toujours instructive. Suivez-la avec nous, car ce qui se passe au Palais des Congrès en ce mois de juin ne restera pas entre ces murs.














