Gabon : les prix de vos billets d’avion vont encore augmenter dès ce mois de juillet Libreville

C’est une décision qui va toucher chaque voyageur gabonais, sans qu’aucun débat public ne l’ait précédée. Deux arrêtés, signés le 10 juin par le Ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi et le Ministre de l’Économie Thierry Minko, puis publiés le 19 juin au Journal officiel, imposent une nouvelle grille de redevances aéroportuaires avec effet immédiat. Conséquence directe pour les passagers : la facture parafiscale sur un billet international passe de 10 000 à environ 39 000 fcfa. Aucune campagne d’information, aucune consultation des compagnies aériennes ni des associations de consommateurs n’a précédé la publication de ces textes.

Le premier arrêté crée une taxe entièrement nouvelle de 30 dollars par passager international, présentée comme destinée à financer une plateforme de contrôle frontalier des données passagers. Le texte prévoit que cette recette soit versée, pendant les cinq premières années, à 75% à un concessionnaire chargé de l’investissement et de l’exploitation de la plateforme, contre seulement 25% pour l’Office national de la sûreté et de la facilitation des aéroports du Gabon (ONSFAG). Il faut attendre la onzième année pour que la part de l’État atteigne enfin la moitié des recettes. Autrement dit, sur le premier tiers de la durée du contrat, les trois quarts d’une taxe payée par chaque voyageur gabonais échappent au budget national.

Une redevance de sûreté portée à 22 000 fcfa sur les vols internationaux

Le second arrêté double quasiment la redevance de sûreté existante, la portant à 22 000 fcfa sur les vols internationaux contre 10 000 fcfa auparavant, et instaure pour la première fois une redevance sur le fret et la poste transportés par avion. Mais c’est la mécanique de répartition, inscrite noir sur blanc à l’article 10 du texte, qui interroge le plus : l’ANAC et l’ONSFAG ne se partagent que les montants qui existaient avant la hausse. La totalité de l’augmentation, sans exception, est fléchée vers un prestataire privé chargé du financement et de la maintenance des équipements de sûreté sur quatre aéroports, dans le cadre d’un contrat signé en mars 2025 et prolongé par un avenant en mai 2026. 

Le citoyen apprend l’existence de ces engagements financiers de long terme au moment même où il en paie la facture.

Le passager gabonais finance donc, ligne par ligne, le remboursement d’un contrat commercial qu’il n’a jamais vu. Ces arrêtés ne sortent pas de nulle part. Ils formalisent des accords conclus quelques semaines plus tôt, en marge d’une cérémonie de signature entre le gouvernement gabonais et deux sociétés étrangères spécialisées dans la sûreté aéroportuaire. Aucun montant global, aucune projection de recettes sur la durée totale des concessions, quinze ans pour la seule redevance API/PNR, n’a été communiqué au public au moment de ces signatures. Le citoyen apprend l’existence de ces engagements financiers de long terme au moment même où il en paie la facture.

Reste des questions simples, et pour l’heure sans réponse publique. Combien ces deux concessions rapporteront-elles réellement à l’État gabonais sur quinze ans, une fois les parts versées aux opérateurs étrangers déduites ? Une étude d’impact sur la fréquentation aérienne et la compétitivité de Libreville face aux hubs régionaux a-t-elle seulement été réalisée avant la signature ? Et pourquoi le fret, jusque-là exempté, se retrouve-t-il lui aussi taxé au kilo, sans que les opérateurs économiques concernés n’aient été consultés ? 

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