Le retour des engins de chantier sur les voiries de l’hôpital régional de l’Estuaire, à Melen, ne suffit pas à rassurer les riverains de ce quartier périphérique de Libreville. Le site a en effet déjà connu son lot de faux départs. L’entreprise CITP, adossée à un homme d’affaires bien implanté sur la place gabonaise, y est intervenue à plusieurs reprises par le passé, sans qu’aucun de ces chantiers successifs ne dépasse deux mois d’activité réelle avant l’abandon pur et simple des travaux.
Cette fois, l’opération est officiellement portée par Mika Service, entreprise ayant récemment racheté Colas BTP au Gabon, mais l’exécution concrète des travaux revient à une autre société, dont l’ancrage local et le savoir-faire technique demeurent peu documentés. Ce schéma de sous-traitance, avec un opérateur affiché en façade et un exécutant moins visible sur le terrain, pose une question simple mais rarement posée publiquement: qui porte réellement la responsabilité contractuelle en cas de nouvel abandon du chantier, le donneur d’ordre ou son sous-traitant?
L’enjeu dépasse la seule esthétique de la voirie. Une chaussée mal reprise, sans fondation durable ni système d’évacuation des eaux correctement dimensionné, risque de se dégrader dès les premières pluies soutenues, reproduisant le scénario déjà observé avec CITP BTP. Or rien, à ce stade du chantier, ne permet de vérifier publiquement la nature exacte du cahier des charges, ni les garanties de pérennité attachées au marché.
Le doute est renforcé par le sort du projet d’hôpital psychiatrique voisin: un milliard de fcfa budgétisé, une annonce faite, mais aucun commencement d’exécution à ce jour. Ce précédent nourrit chez les habitants de Melen une méfiance légitime envers des chantiers qui s’ouvrent avec de gros moyens visibles avant de s’interrompre sans explication ni bilan.
Sans mécanisme de suivi indépendant ni de sanction clairement identifiée en cas de défaillance, rien ne garantit que cette nouvelle intervention échappe au cycle déjà éprouvé sur ce même site. La question posée à Melen dépasse le simple entretien de voirie: elle interroge la capacité de l’État et de ses prestataires, quels qu’ils soient, à livrer des infrastructures durables plutôt que des chantiers à durée de vie de vacances scolaires.














