À peine quelques mois après son apparition officielle, Gabon Fiber SA se prépare à prendre les commandes de l’une des infrastructures numériques les plus stratégiques du pays. Le 8 mai 2026, le ministère de l’Économie numérique annonçait encore « l’officialisation de la création et de l’opérationnalisation » de cette société à capitaux publics et privés. Quatre mois plus tard, le 14 septembre, la SPIN lui a confié pour vingt ans l’exploitation, la modernisation et l’extension du Backbone national, soit environ 1 769 km de réseau existant auxquels doivent s’ajouter 1 651 km. La signature a été présidée par le ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba.
Le changement d’opérateur intervient pourtant dans des conditions très différentes de celles qui avaient accompagné l’arrivée d’Axione. En 2015, la SPIN avait lancé un appel d’offres international pour sélectionner l’opérateur chargé d’exploiter et de commercialiser les capacités du réseau. Le ministère indiquait alors que le groupement Axione/Bouygues avait remporté le marché à l’issue d’une procédure « ouverte, transparente et non discriminatoire ». La Banque mondiale confirme qu’Axione avait été sélectionné suivant un processus concurrentiel et rappelle que le groupe disposait déjà d’une expérience dans les infrastructures télécoms.
Pour Gabon Fiber, la situation est moins documentée publiquement. Les recherches dans les sources officielles, professionnelles et sectorielles disponibles ne font apparaître aucune réalisation antérieure de la société comparable à l’exploitation d’un Backbone national de plusieurs milliers de kilomètres. Son propre site présente essentiellement le projet gabonais et son ambition d’atteindre environ 3 350 km de fibre. Cette absence de référence publique identifiable ne signifie pas que ses dirigeants ou futurs partenaires sont dépourvus d’expérience, mais elle pose une question : quelles références techniques, opérationnelles et financières ont été retenues par l’État pour lui confier une infrastructure critique pendant vingt ans ?
La question renvoie directement au dispositif piloté par Mark-Alexandre Doumba. Le 22 mai, deux semaines après l’officialisation de Gabon Fiber, le Conseil des ministres a approuvé, au titre de son ministère, le recours à une procédure négociée pour l’extension du Backbone en PPP concessif. Les documents publics consultés précisent le choix de cette procédure, mais ne détaillent pas les entreprises éventuellement consultées, les critères ayant départagé les candidats ou l’évaluation technique et financière ayant conduit au choix de Gabon Fiber. Le ministre a ensuite supervisé les travaux de validation du contrat les 9 et 10 septembre avant de présider sa signature quatre jours plus tard.
Le pari est désormais mesurable. Gabon Fiber devra assurer la transition à l’expiration de la délégation d’Axione, maintenir la continuité du réseau, respecter la neutralité entre opérateurs et conduire l’extension vers l’intérieur du pays, avec une couverture nationale annoncée d’ici 2029. Son directeur général, Lauric Owono Engongah, reconnaissait lui-même après la signature que « tout reste à faire », citant le réseau à étendre, les équipes à recruter et la transition à conduire. Dans ce contexte, la publication des critères de sélection, de l’actionnariat détaillé de Gabon Fiber et des garanties techniques prévues par le contrat permettrait de mieux comprendre sur quelles bases le ministère de Mark-Alexandre Doumba a choisi de remplacer un opérateur international expérimenté par une société nationale constituée en 2026.













