À Paris, les blessures d’un parcours entrepreneurial sont devenues matière littéraire et objet de débat. Le 3 octobre 2026, le journaliste, juriste et entrepreneur gabonais Harold Leckat Igassela a présenté Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle, publié aux Éditions Jets d’Encre. Devant journalistes, proches et invités, l’auteur a livré les clés d’un ouvrage construit à la frontière du témoignage, de l’essai et de l’interpellation citoyenne.
Le livre plonge ses racines dans une trajectoire commencée bien avant les événements du 15 octobre 2025 (son arrestation à l’aéroport et son incarcération à la Prison centrale de Libreville pour un litige avec la Caisse des Dépôts et des Consignations). Du cabinet Jules Obiang, dont il est licencié en décembre 2015, au groupe Oloumambè, éditeur de La Loupe et L’Aube, puis à la création de Gabon Media Time, Harold Leckat Igassela raconte une mutation professionnelle qui épouse aussi l’histoire récente des médias numériques gabonais. Son itinéraire de juriste devenu journaliste puis entrepreneur constitue ainsi une archive personnelle d’une décennie de transformations.
Du traumatisme à l’écriture
Après octobre 2025, l’auteur choisit pourtant de se taire. Un silence qui devient progressivement un espace de création. « Après cette épreuve, j’ai choisi le silence. Non par oubli, ni par renoncement, mais parce qu’il fallait d’abord comprendre ce qui m’était arrivé, l’écrire, puis le transformer », explique-t-il. L’écriture apparaît alors comme un travail de mémoire : elle ordonne l’expérience, fixe les faits et transforme une trajectoire individuelle en objet collectif.

Cette dimension donne au livre sa portée sociale. Derrière le récit personnel surgissent les difficultés auxquelles peuvent être confrontés entrepreneurs et citoyens : lenteurs administratives, engagements non respectés, recours fragiles, arbitraire ou pénalisation de différends commerciaux. « Ce livre n’est ni une plainte ni un règlement de comptes. C’est ma parole, mon témoignage, ma version des faits. Il est une alerte et une contribution au débat public », insiste l’auteur.
La « brimade institutionnelle », un concept pour débattre
Le titre condense précisément cette ambition. Pour Harold Leckat Igassela, la « brimade institutionnelle » décrit une mécanique faite de « silences », de « lenteurs », de procédures qui s’enlisent ou de décisions sans explication. Une violence administrative parfois invisible, mais susceptible d’user progressivement celui qui entreprend. Le livre dépasse dès lors le cas de son auteur pour interroger la sécurité juridique, la prévisibilité des règles et l’effectivité des recours au Gabon.

L’auteur refuse cependant d’inscrire son propos dans la revanche : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la revanche. C’est la réforme. » Cette orientation donne à l’œuvre une dimension civique : faire du récit individuel un levier de réflexion sur l’État de droit, la liberté d’informer et l’environnement des affaires.
Écrire pour transformer l’expérience
La présentation parisienne, prolongée par près d’une heure d’échanges, une séance de dédicaces et un cocktail dînatoire, a donné corps à cette volonté de dialogue. Autour de l’auteur, journalistes, lecteurs, proches et soutiens ont transformé le lancement en espace de confrontation des expériences et des idées.

Avec Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle, Harold Leckat Igassela introduit ainsi dans le paysage entrepreneurial gabonais une œuvre de mémoire autant que d’interpellation. En mettant des mots sur les rapports parfois difficiles entre initiative privée et institutions, le livre rappelle surtout qu’écrire l’expérience entrepreneuriale, c’est aussi documenter une époque et contribuer à imaginer les réformes de demain.













