Le gouvernement gabonais a resserré une nouvelle fois l’étau sur les rémunérations des dirigeants du secteur public. Mais pour Jean Frédéric Ndong Ondo, ancien haut cadre public, le véritable problème vient moins des textes que de la capacité à contourner ces plafonds de l’intérieur.
Le gouvernement gabonais a de nouveau serré la vis sur les revenus des présidents de conseil d’administration (PCA) et des directeurs généraux (DG) du secteur public, avec le décret du 14 septembre 2026. Mais après trois décennies de textes empilés dans ce secteur, sans véritable orthodoxie, le nœud du problème se situerait peut-être ailleurs que dans les textes. C’est, en tout cas, l’analyse de Jean Frédéric Ndong Ondo, ancien secrétaire général adjoint du ministère de l’Économie, dans une tribune publiée sur son compte Facebook.
Il rappelle que l’encadrement des rémunérations des dirigeants publics est un chantier ancien. Des années 1990, où aucun cadre unifié n’existait, à octobre 2009, où apparaissent les premières limites, jusqu’aux mesures les plus récentes, les obstacles demeurent « intacts », malgré la succession de textes. « Le problème n’est pas d’ordre juridique, mais systémique », résume-t-il.
Pour celui qui fut également directeur de la Caisse cacao-café, les blocages tiennent en quatre points, tous liés à la possibilité de « contourner les plafonds de l’intérieur ».
Premier écueil : l’autonomie financière brandie par certaines entreprises publiques et agences de régulation. Elles s’en servent, tout comme de la technicité de leur secteur, pour s’affranchir des règles. Par le biais de leurs conseils d’administration, le plafond fixé par l’État devient « une vue de l’esprit » que l’on contourne par « des subterfuges statutaires », estime-t-il.
Deuxième faille, plus profonde : les avantages annexes. Le salaire de base « n’est que la partie émergée de l’iceberg ». Le « véritable scandale financier » se logerait dans « la nébuleuse des avantages extralégaux et des gratifications occultes ». En ne ciblant que le salaire indiciaire, la puissance publique « soigne les symptômes tout en laissant proliférer la maladie ».
Troisième écueil : un contrôle trop tardif. À quoi bon édicter des normes si la chaîne de contrôle est fragile ? L’auteur pointe d’abord la Cour des comptes, dont les audits interviennent, dit-il, des années après les faits ou le départ des gestionnaires, rendant « illusoire » le recouvrement des sommes indûment perçues.
Le contrôle interne, enfin, ne serait pas mieux loti. Ministères de tutelle et commissaires aux comptes seraient trop souvent « muselés par les pressions politiques, le clientélisme ou la compromission ». Résultat : les textes, pourtant réaffirmés « avec force », sont « systématiquement contournés par le jeu des casquettes multiples ». Le tout nourrit ce que l’auteur qualifie de « cynisme institutionnel ».
Pour sortir de l’impasse, M. Ndong Ondo réclame une « thérapie de choc » en trois temps. D’abord, « publier en open data les rémunérations et avantages de tous les mandataires sociaux. Ensuite, rendre les sanctions automatiques, avec restitution intégrale des sommes perçues et interdiction définitive d’exercer dans le secteur public. Enfin, dégraisser les conseils d’administration, en finir avec les administrateurs « professionnels » qui vivent de jetons de présence « au détriment de la santé financière » des entreprises qu’ils sont censés redresser. Ce n’est qu’à ce prix, estime-t‑il, que le énième coup de semonce du gouvernement gabonais ne se transformera pas en un nouveau coup d’épée dans l’eau.













