Réseau internet : créée en 2026, Gabon Fiber se voit confier pour 20 ans un Backbone alors qu’elle cherche encore ses investisseurs

Le calendrier interpelle. Le 8 mai 2026, le ministère de l’Économie numérique de Mark-Alexandre Doumba officialisait la création et l’opérationnalisation de Gabon Fiber SA. Le 14 septembre, soit quatre mois plus tard, cette nouvelle société signait avec la SPIN un partenariat public-privé de vingt ans lui confiant l’exploitation du Backbone existant et la concession de ses futures extensions. Le projet prévoit environ 1 650 km supplémentaires pour porter le réseau à près de 3 500 km, avec un investissement annoncé supérieur à 41 milliards fcfa.

Mais ces 41 milliards fcfa ne correspondent pas, à une enveloppe dont Gabon Fiber a publiquement annoncé la mobilisation définitive. Le 14 septembre, son directeur général Lauric Owono Engongah indiquait que la société « ambitionne de mobiliser » plus de 41 milliards fcfa et compte notamment solliciter les marchés financiers internationaux afin de financer les 1 650 km d’extensions sans alourdir le budget de l’État. Le contrat a donc été signé alors que le financement restait encore à structurer et à lever auprès du secteur privé.

Le propre dispositif de communication de Gabon Fiber confirme que le montage financier n’est pas encore figé. Son site comporte un espace spécifiquement destiné aux banques, fonds de private equity, fonds souverains, institutions de développement et partenaires industriels et indique que « le tour de table de Gabon Fiber se construit ». Plus révélateur encore, l’entreprise recrutait en août 2026 un analyste financier chargé de construire son modèle financier de référence, conduire les analyses de sensibilité, rédiger son business plan et préparer les documents destinés aux investisseurs et financeurs. Autrement dit, quelques semaines avant la signature du contrat, une partie de l’architecture financière du projet était encore en phase de structuration.

Cette chronologie ramène le débat vers le ministère de l’Économie numérique. Mark-Alexandre Doumba a accompagné l’officialisation de Gabon Fiber, son département a porté devant le Conseil des ministres le recours à une procédure négociée pour le PPP et le ministre a personnellement présidé la signature du contrat le 14 septembre. Le choix peut répondre à une stratégie assumée de souveraineté numérique et de transfert du risque d’investissement vers le privé. Mais il reste à comprendre quelles garanties financières ont été exigées avant d’engager l’État et la SPIN sur vingt ans : niveau minimum de fonds propres, engagements bancaires, calendrier de levée des 41 milliards fcfa ou mécanismes prévus si le financement n’est pas mobilisé dans les délais. Les informations publiques disponibles ne permettent pas encore de répondre précisément à ces questions.

Le modèle comporte en effet une différence importante avec la période précédente. Le Backbone existant a été construit avec une forte implication de l’État et de la Banque mondiale, avant d’être confié à Axione après une procédure concurrentielle internationale. Gabon Fiber doit, elle, exploiter cet actif existant tout en levant des capitaux privés pour financer son extension. Si le pari réussit, l’État affirme pouvoir récupérer à terme un patrimoine supplémentaire de quelque 1 650 km sans supporter directement les 41 milliards fcfa d’investissement. Mais avant cette échéance, l’exécution dépendra de la capacité d’une entreprise créée cette année à attirer rapidement les investisseurs qu’elle recherche encore. C’est sur ce point que les engagements pris sous la supervision du ministère de Mark-Alexandre Doumba seront désormais confrontés aux résultats.

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