Gabon : près de 960 milliards fcfa de salaires publics en 2026, quelle marge pour financer les infrastructures ?

En 2025, le Gabon avait budgété 825,3 milliards fcfa pour les dépenses de personnel, contre 771,7 milliards en 2024. L’exécution définitive est ressortie à 809,1 milliards fcfa, soit 98 % des crédits prévus. Un an plus tard, la loi de finances initiale 2026 a porté cette enveloppe à 959,7 milliards fcfa, soit près de 150 milliards supplémentaires par rapport aux salaires effectivement payés en 2025. Le collectif budgétaire l’a légèrement corrigée à 958,6 milliards fcfa. 

Rapportés aux 3 243,5 milliards fcfa de recettes de l’État prévues dans la LFR 2026, ces 958,6 milliards représentent environ 29,6 % des recettes, soit pratiquement 3 francs sur 10. La question de la marge budgétaire devient d’autant plus sensible que les charges financières de la dette sont également évaluées à 487,6 milliards fcfa dans le collectif. Salaires et intérêts absorbent ainsi ensemble près de 1 446 milliards fcfa, avant même les achats de biens et services, les transferts et les autres dépenses courantes. 

L’investissement reste pourtant considérable : la LFR 2026 prévoit 1 169,1 milliards fcfa de dépenses d’investissement. Ce montant dépasse désormais la masse salariale, mais son financement ne repose pas uniquement sur les recettes courantes. Dès la loi de finances initiale, le gouvernement estimait le besoin global de financement à 3 213,3 milliards fcfa pour soutenir un programme d’investissement alors chiffré à 3 321,5 milliards. Le Conseil des ministres reconnaissait lui-même que les dépenses de fonctionnement de 3 569 milliards absorbaient presque totalement les 3 664,1 milliards fcfa de recettes nettes initialement attendues, laissant seulement 95,1 milliards de marge. 

La progression de la masse salariale tient notamment aux régularisations administratives. Pour 2026, le gouvernement chiffrait à 40,9 milliards fcfa l’impact de ces opérations sur les dépenses de personnel. Le budget prévoit parallèlement la mise à la retraite des agents ayant atteint l’âge requis et leur remplacement numérique afin de contenir la dépense. Cette politique intervient après une hausse déjà importante entre les budgets 2024 et 2025 : de 771,7 à 825,3 milliards fcfa, soit 53,6 milliards supplémentaires en un an. 

La tendance ne devrait pas s’inverser immédiatement. Le projet de loi de finances 2027 prévoit 963,9 milliards fcfa de dépenses de personnel, soit 5,3 milliards de plus que le collectif 2026. Dans le même temps, les investissements sont projetés à 1 058,4 milliards fcfa, en diminution de 110,7 milliards par rapport à 2026, tandis que les charges financières de la dette grimperaient à 667,3 milliards fcfa. Le débat sur la capacité de l’État à financer ses infrastructures ne se résume donc pas aux salaires : il porte sur l’addition d’une masse salariale proche de 1 000 milliards, d’une charge de dette croissante et d’investissements qui nécessitent une mobilisation importante de financements extérieurs et de nouveaux emprunts. 

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