Le scandale a éclaté la semaine dernière, avec des chiffres comme le Gabon sait en produire. Un mécanisme de corruption impliquant la direction centrale des affaires financières du ministère de l’Éducation nationale de Camelia Ntoutoume Leclercq aurait permis de détourner jusqu’à 700 millions de fcfa sur les fonds de vacations. Le procédé est rodé : une liste de bénéficiaires fictifs d’un côté, de vrais agents de la direction des affaires financières de l’autre, surpayés et contraints par leur hiérarchie de reverser le surplus.
Des vacations pour plus de 45 millions de fcfa en 2025
Un simple chargé d’études s’est ainsi retrouvé avec un cumul de vacations 2025 dépassant 45 millions de fcfa, alors que son dû réel n’en représente que le quart. « La face cachée d’un iceberg », estiment certains analystes. Le Gabon a en effet une tradition de corruption solidement ancrée. C’est ce que confirme, études à l’appui, l’ONG Transparency International. Depuis plusieurs années, le pays figure parmi les moins bons élèves de son classement. Dans le dernier Indice de perception de la corruption, publié en février 2026, le Gabon se classe au 135e rang sur 180 pays, avec un score de 29/100. Très loin de la moyenne requise.
« Ce mécanisme de prédation dépasse le seul ministère concerné », estime pour sa part Fridolin Mve Messa, ancien syndicaliste de l’Éducation nationale et ancien sénateur de la Transition. « Pour faire toute la lumière sur cette affaire, il serait judicieux d’ouvrir, une fois pour toutes, cette boîte de Pandore que sont les vacations », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « De la Présidence de la République au ministère de l’Éducation nationale, en passant par les Finances, la Défense, l’Intérieur, les Affaires sociales et la Santé, il convient d’identifier ceux qui touchent la prime, avec les montants qui vont avec. Mais comme tout ce qui est clair et simple à réaliser gêne parfois, on en est encore là à spéculer. Aujourd’hui, vouloir s’attaquer au seul ministre de l’Éducation nationale ressemblerait à une fuite en avant, au brouillage des pistes, avec pour seul objectif de camoufler la vérité. »
Une réputation de « corrompus » dont il faut se défaire
Ce qui aggrave l’affaire aux yeux de certains, c’est aussi le contexte dans lequel elle éclate. À un moment où les populations étouffent sous le coup de la vie chère, avec des denrées de première nécessité dont les prix ne cessent de grimper. Au-delà des petites gens, le pays lui-même fait face à des défis de trésorerie. C’est le cas notamment avec la société publique Façade maritime du Champ triomphal (FMCT), qui prépare actuellement un emprunt obligataire pour achever le chantier de la Baie des Rois. Ainsi va la République. Il appartient désormais à la Justice, saisie de l’affaire, d’aller véritablement au bout de l’enquête et d’aider le pays à se défaire de cette mauvaise réputation qui lui colle à la peau.














