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Flux financiers : avec 17,5 % de parts de marché, le « petit » Gabon dicte son rythme à la CEMAC

À l’échelle de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), le poids démographique du Gabon fait figure d’exception, mais ses performances macro-financières racontent une tout autre histoire. Le Rapport 2024 de la BEAC sur les services de paiement met en exergue une réalité saisissante : le Gabon s’est solidement adjugé 17,49 % de la valeur totale des transactions de la sous-région.

En captant plus d’un sixième de l’activité monétaire dématérialisée de la zone, le pays se positionne au deuxième rang communautaire, juste derrière le géant camerounais (56,95 %). Cette statistique consacre l’émergence d’un marché hautement bancarisé et dynamique, capable de bousculer la hiérarchie économique régionale malgré une population nettement inférieure à celle de ses voisins immédiats.  

La véritable mesure du leadership gabonais s’exprime à travers l’immensité des capitaux en circulation dans ses canaux formels. Au cours de l’exercice 2024, la valeur cumulée des transactions dématérialisées et bancaires s’est élevée au Gabon à 32 001,18 milliards de fcfa  (environ 52,46 milliards de dollars). À titre de comparaison, alors que le pays ne génère que 9,89 % du volume global des opérations de la CEMAC en nombre de transactions, il capte près du double en valeur financière. Cet écart fondamental révèle un « panier moyen » par transaction exceptionnellement élevé, ce qui traduit une concentration de flux financiers d’envergure, une maturité des acteurs économiques locaux et une pénétration des services financiers bien plus profonde que la moyenne de la zone.  

L’explication de cette suprématie du panier moyen réside dans l’usage robuste et ancré des instruments bancaires classiques par les entreprises gabonaises. Le tissu économique national affiche une nette préférence pour la formalisation des transactions de gros montants. Le Gabon totalise à lui seul 1 140 236 comptes chèques, soit plus de 21 % de l’ensemble des comptes chèques de la CEMAC (5,20 millions). Cette infrastructure bancaire solide engendre une utilisation intensive des chèques et des virements interbancaires pour le règlement des flux de commerce et d’investissement. Le rapport souligne par ailleurs que le Gabon fait partie des rares pays de la zone, avec le Cameroun, à exploiter significativement les mécanismes d’effets de commerce pour le financement à court terme des PME, totalisant 1 209 opérations pour une valeur de 46,90 milliards fcfa.  

Toutefois, la transition vers une économie totalement numérique se heurte à une dualité structurelle propre au marché gabonais : la persistance d’une forte culture du numéraire pour certaines transactions de haut niveau. Avec seulement 83 guichets bancaires physiques opérationnels à travers le pays, le Gabon a tout de même enregistré 2 248 501 retraits manuels au guichet au cours de l’année. La valeur de ces retraits en espèces s’est établie à 1 689,29 milliards de fcfa  (environ 2,76 milliards de dollars). Ce volume de cash retiré manuellement, qui représente un montant moyen par retrait très élevé de plus de 751 000 fcfa, démontre que si les paiements scripturaux dominent les échanges inter-entreprises, le besoin de liquidités physiques reste un levier incontournable de l’activité commerciale quotidienne.  

En dépit de ces indicateurs au vert, la pérennité de ce rythme de croissance fait face à un défi réglementaire et budgétaire de taille. La BEAC note avec insistance qu’au Gabon, à l’instar d’autres États de la sous-région, l’introduction de nouvelles taxes sur les paiements en monnaie scripturale et les transferts d’argent a induit un ralentissement notable de la trajectoire d’expansion. Ces prélèvements fiscaux ont complexifié l’arbitrage économique des ménages et des petits opérateurs, les incitant parfois à délaisser les applications financières modernes pour revenir vers le numéraire afin d’éluder les frais. Pour préserver son statut de laboratoire financier de la CEMAC, le Gabon devra impérativement ajuster sa politique fiscale pour concilier la maximisation des recettes de l’État et la sauvegarde de son inclusion financière.  

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