Quand Libreville éternue financièrement, c’est toute la zone CEMAC qui attrape la grippe. Le rapport de Fitch Ratings met en lumière un phénomène technique mais vital pour la stabilité de notre monnaie : la dégradation spectaculaire des réserves de change de la région, directement provoquée par les excès budgétaires du Gabon. Les réserves communes de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ont fondu, passant de 7 528 milliards de fcfa en février 2025 à 6 769 milliards en février 2026. Un signal d’alarme macroéconomique majeur.
Le responsable de cette fuite des capitaux est clairement identifié par les analystes de l’agence de notation : l’expansion budgétaire agressive du Gabon. Pour financer ses importations massives liées aux grands travaux publics, l’État gabonais a puisé sans compter dans les devises communes. Résultat des courses, la position du Gabon dans le compte d’opérations de la banque centrale a plongé dans le négatif, affichant un déficit abyssal de 298 millions de dollars à la fin de l’année 2025. Le pays vit au-dessus de ses moyens et vide la caisse commune de la sous-région.
Cette situation critique place le Gabon sous la menace directe de sanctions et de mesures correctives humiliantes de la part du conseil d’administration de la BEAC. Lorsque le compte d’opérations d’un État membre devient débiteur, la banque centrale a le pouvoir d’imposer des restrictions strictes sur les crédits et d’exiger des politiques d’austérité immédiates. Les autorités gabonaises promettent une reconstruction des réserves grâce à un durcissement des règles de rapatriement des devises dans les secteurs extractifs (pétrole et mines), mais la réalité est que le mal est déjà fait.
L’ironie de l’histoire est que ce sont les secteurs productifs privés qui vont payer les pots cassés de cette mauvaise gestion étatique. Pour tenter de stopper l’hémorragie des devises, la BEAC durcit l’accès aux transferts internationaux, compliquant le quotidien des entreprises locales qui ont besoin d’importer des intrants ou de régler des fournisseurs étrangers. La machine économique nationale se retrouve ainsi doublement pénalisée par les errements financiers du sommet de l’État.
On ne peut pas prétendre leadership régional tout en étant le mauvais élève qui siphonne les réserves de change de ses voisins pour masquer ses propres déficits. Le rapport de Fitch est implacable : la stratégie économique actuelle met en péril la stabilité monétaire de la sous-région. Si Libreville ne réduit pas drastiquement son train de vie et ses importations de prestige, ce n’est plus seulement Owendo qui se retrouvera privée d’énergie, c’est l’ensemble de l’économie nationale qui sera mise sous séquestre par les autorités monétaires régionales.














