C’est la version officielle que l’on sert à longueur de journée dans les médias publics : « Le Gabon négocie sereinement un programme avec le Fonds Monétaire International (FMI) ». Les autorités affichent un optimisme à toute épreuve, promettant un accord global avant la fin de l’année pour redonner de la crédibilité à la signature du pays. Manque de chance, les analystes de Fitch Ratings ont une lecture beaucoup moins romantique de la situation. Dans leur rapport, ils lâchent une petite bombe : ils n’intègrent aucun programme FMI pour le Gabon dans leurs prévisions d’ici à la fin de l’année 2027.
Pourquoi un tel scepticisme de la part de l’agence de notation ? Tout simplement parce que le FMI n’accorde pas ses crédits sur la base de belles promesses ou de sourires diplomatiques. L’institution de Washington exige de la transparence, de la rigueur et, surtout, des chiffres fiables. Or, la gestion des finances publiques gabonaises est historiquement réputée pour ses zones d’ombre. Le fait que le ministère de la Fonction publique et des Finances ait dû lancer en urgence un audit complet de la dette publique attendu pour fin juillet, prouve que l’État lui-même ne connaît pas avec exactitude le montant total de ce qu’il doit.
Le FMI refuse de s’engager dans un pays qui accumule les arriérés de paiement à un rythme aussi effréné. Fitch révèle que le stock d’arriérés officiellement reconnus par les autorités est passé de 2,1 % du PIB en 2024 à 3,8 % à la fin de 2025. Ces impayés touchent tout le monde : les institutions multilatérales, les créanciers bilatéraux et les agences de crédit à l’exportation. Envoyer une délégation à Washington alors que l’on traîne de telles casseroles financières relève du pur spectacle médiatique.
Le grand bluff consiste à faire croire que l’audit de la dette est une simple formalité administrative de routine. En réalité, c’est une exigence impitoyable du FMI qui soupçonne l’existence d’une dette cachée ou d’arriérés non certifiés hors budget. Tant que ce grand déballage n’aura pas eu lieu et que la trajectoire des dépenses de prestige ne sera pas drastiquement corrigée, les experts de Washington garderont leurs carnets de chèques fermés. Les discussions vont donc traîner en longueur, meublées par des communiqués lénifiants.
Pendant que le gouvernement joue la montre et feint de négocier, le temps économique, lui, s’accélère. Ne pas avoir de programme FMI avant 2027, comme le anticipe Fitch, signifie que le Gabon va devoir continuer à se financer à des taux d’intérêt prohibitifs sur les marchés parallèles. Le bluff politique a trouvé ses limites économiques : le FMI ne marche pas au sentiment, et la SEEG ne sera pas la seule entité du pays à court de lumière si les réformes structurelles continuent d’être sacrifiées sur l’autel de la communication.














