Gabon : la BAD alerte à son tour sur l’inquiétante trajectoire de la dette

La Banque africaine de développement rejoint le concert des institutions qui tirent la sonnette d’alarme sur la trajectoire budgétaire du Gabon. Dans ses Perspectives Économiques en Afrique 2026, l’institution documente une dégradation continue : le déficit budgétaire s’est creusé à 5,3 % du PIB en 2025, contre 3,8 % en 2024, portant la dette publique à 78,9 % du PIB. Ce niveau dépasse de près de 30 points le critère de convergence CEMAC fixé à 70 % du PIB, une limite que le Gabon franchit durablement, dans une zone monétaire où la discipline budgétaire est censée être une règle collective. La note souveraine du pays a été dégradée en décembre 2025, fait que le rapport mentionne explicitement.

Ce qui inquiète la BAD au-delà du niveau de la dette, c’est sa dynamique. Les projections publiées dans la note pays ne dessinent pas de stabilisation à moyen terme : le déficit budgétaire devrait atteindre 4,4 % du PIB en 2026, puis se creuser à nouveau pour atteindre 5,7 % en 2027. En d’autres termes, la BAD ne projette aucun redressement budgétaire sur l’horizon de ses prévisions. La dette continuera d’augmenter, dans un contexte où «la forte expansion des dépenses publiques a annihilé les efforts récents visant à mobiliser les ressources nationales». La numérisation fiscale, la facturation électronique et les taxes immobilières, présentées comme des leviers de recettes, n’ont pas suffi à compenser la dérive des dépenses.

La conséquence directe de cette trajectoire est l’étranglement progressif de la capacité de financement du pays. La BAD établit un lien de causalité explicite : «la persistance de tensions et de déséquilibres budgétaires a détérioré le profil d’endettement du Gabon, ce qui limite la capacité du pays à mobiliser des ressources en restreignant son accès aux marchés financiers internationaux et régionaux, en réduisant les marges d’emprunt et en affaiblissant l’attractivité pour les capitaux privés». Traduction concrète : plus la dette augmente, plus emprunter coûte cher, moins le pays peut investir, un cercle que la dégradation souveraine de décembre 2025 a encore resserré.

Au sein de la zone CEMAC, la trajectoire gabonaise détonne. Le Cameroun affiche une dette contenue à 39,4 % du PIB avec un déficit à 1,2 %, soit deux fois moins endetté que le Gabon, dans la même union monétaire. Le Tchad, pourtant classé parmi les pays les moins avancés, maintient son déficit sous le seuil communautaire de 3 % du PIB. Même la République du Congo, dont la dette atteint 97 % du PIB, génère un excédent budgétaire primaire qui stabilise la trajectoire. Le Gabon est le seul pays de la zone à cumuler simultanément une dette élevée, un déficit qui se creuse et une note souveraine en cours de dégradation, une configuration que les partenaires financiers régionaux et internationaux scrutent avec une attention croissante.

Cette trajectoire budgétaire n’est pas sans conséquences sur la vie quotidienne des Gabonais. La BAD documente une stagnation du taux de pauvreté à 33,1 % en 2025, dans un contexte où le PIB par habitant n’a progressé que de 0,6 %. Lorsque l’État consacre une part croissante de ses ressources au service de la dette, ce sont les dépenses sociales, santé, éducation, transferts aux ménages vulnérables, qui subissent la pression. Le rapport note que le taux de chômage des femmes atteint 28,6 % et celui des jeunes 36,3 %, deux indicateurs qui ne se réduiront pas sans une capacité d’investissement public que la contrainte budgétaire actuelle rend de plus en plus difficile à maintenir. La dette, dans ce contexte, n’est pas une abstraction comptable mais un arbitrage entre le remboursement des créanciers et le financement des services publics que les Gabonais attendent.

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