Mais où est donc passé le patron de l’électricité gabonaise ? C’est la question que se posent, avec une exaspération non feinte, les 70 000 habitants d’Owendo plongés dans un black-out moyenâgeux. Alors que la commune subit un calvaire de plus de trois jours, Philippe Tonangoye, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, brille par une discrétion qui confine au sublime. On l’a connu beaucoup plus loquace sur les plateaux de Gabon 1ère pour dénoncer la fraude et traquer les « 2 600 mauvais payeurs » ou les branchements illicites des casernes. Mais dès qu’il s’agit d’assumer les défaillances structurelles d’une SEEG qu’il est censé piloter, le ministre semble avoir activé son propre mode « délestage ».
Il est pourtant loin le temps des discours de fermeté de juin dernier, lorsque le ministre Tonangoye installait en grande pompe la nouvelle équipe dirigeante de la SEEG en leur fixant une feuille de route de six mois pour « réduire significativement les interruptions ». Un an plus tard, le constat est cruel pour l’ingénieur électromécanicien en chef devenu ministre : les interruptions ne se sont pas réduites, elles se sont installées à demeure. Voir un expert du secteur, fort de 35 ans d’expérience dans l’industrie et les mines, assister impuissant ou indifférent, au naufrage électrique de la commune d’Owendo est un spectacle d’une ironie mordante pour les consommateurs.
Ce mutisme ministériel est d’autant plus inacceptable que la crise actuelle intervient après que l’État a consenti d’immenses sacrifices financiers sous sa tutelle. C’est sous son égide que le gouvernement a dû injecter 30 milliards de fcfa pour sauver les meubles face à Karpowership et que des partenariats stratégiques avec le groupe français Suez ont été annoncés en grande pompe pour réformer la gestion de l’eau et de l’énergie. Les milliards coulent à flots dans les couloirs du ministère, les réunions de crise s’enchaînent au sommet, mais sur le terrain, les congélateurs des mamans d’Owendo et ce qu’ils contiennent continuent de pourrir dans l’indifférence générale.
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La stratégie de communication du ministre Tonangoye commence sérieusement à montrer ses limites. Déplacer le débat sur la traque des fraudeurs ou faire de la « pédagogie républicaine » à Port-Gentil pour expliquer le remplacement de vieilles turbines, c’est bien. Répondre concrètement aux usagers d’Owendo qui demandent simplement à quelle heure le courant va revenir, c’est mieux. En refusant de descendre de sa tour d’ivoire ministérielle pour affronter la réalité de cette panne majeure, le ministre donne l’impression d’un capitaine qui refuse de regarder le trou dans la coque de son navire.
Le poste de ministre de l’Énergie au Gabon ne peut plus être un simple titre honorifique où l’on se contente de couper des rubans lors d’inaugurations de mini-centrales de province. Face au ras-le-bol généralisé des populations, Philippe Tonangoye doit sortir de son silence radio. Les Gabonais n’attendent plus des cours magistraux sur la transition énergétique ou des promesses d’investissements pharaoniques à l’horizon 2028 ; ils veulent des comptes, des explications et, surtout, de la lumière dans leurs foyers. Le temps de la récréation est terminé, Monsieur le Ministre.














