Chaque adjudication se termine par un paiement immédiat. Au fil de la journée, les espèces s’accumulent au rythme des ventes. Véhicules, marchandises diverses, engins… Pour les seuls biens les plus convoités, plusieurs dizaines de millions de francs fcfa peuvent être réglés en quelques heures. Une question s’impose alors : quel est le circuit suivi par cet argent une fois remis aux organisateurs ?
Dans toute administration publique, la gestion des recettes obéit normalement à une chaîne précise. Entre le moment où un usager verse une somme et celui où cette recette est définitivement enregistrée dans les comptes de l’État interviennent plusieurs acteurs, dont le comptable public. Cette séparation entre l’ordonnateur et le comptable constitue l’un des principes fondamentaux de la gestion des finances publiques. Pourtant, dans le cas des enchères organisées par les Douanes, les informations rendues publiques s’arrêtent au paiement par l’acquéreur. Elles ne détaillent pas la suite du circuit financier.
Les communications officielles ne précisent pas qui reçoit matériellement les espèces, quel service en assure la garde, à quel moment elles sont déposées auprès du comptable public compétent ni sous quelle forme elles rejoignent les comptes du Trésor. Là encore, cette absence d’information ne signifie pas que les procédures n’existent pas. Elle signifie simplement qu’elles ne sont pas expliquées. Or, plus les montants en jeu sont élevés, plus la transparence sur les mécanismes de sécurisation devient importante pour renforcer la confiance dans l’opération.
Cette question prend une dimension particulière au regard des réformes engagées par le Gabon en matière de gouvernance financière. Les administrations mettent régulièrement en avant la numérisation des procédures, l’amélioration de la traçabilité des recettes et le renforcement des contrôles internes. Les ventes aux enchères constituent, elles aussi, une opération de mobilisation de ressources publiques. Elles pourraient donc être l’occasion de montrer concrètement comment ces principes sont appliqués lorsqu’il s’agit d’encaisser des sommes importantes issues de la cession de biens appartenant à l’État.
Les Douanes pourraient utilement préciser plusieurs points : quel est le circuit exact des recettes entre l’adjudication et leur inscription dans les comptes publics ? Le Trésor est-il représenté sur le site ou intervient-il à une étape ultérieure ? Les encaissements font-ils l’objet d’un rapprochement quotidien entre les biens vendus, les montants perçus et les sommes reversées ? Enfin, les résultats financiers de cette vente, nombre de lots vendus, recettes encaissées et montant reversé au Trésor, seront-ils publiés à son terme ? Autant de réponses qui permettraient de transformer une opération aujourd’hui perçue comme opaque en un exemple de bonne gouvernance financière.














