À Owendo, les enchères publiques organisées par la Direction générale des Douanes attirent chaque semaine des acheteurs venus acquérir des véhicules et diverses marchandises non dédouanées. Les adjudications s’enchaînent, les paiements sont effectués immédiatement et les montants peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions de francs cfa pour un seul lot. Pourtant, une question demeure sans réponse publique : à quel moment le Trésor public intervient-il dans cette chaîne financière ?
Les ventes organisées par les Douanes constituent bien des recettes publiques. À ce titre, elles sont appelées à rejoindre les caisses de l’État.
Mais entre le moment où un adjudicataire règle son achat et celui où les fonds sont effectivement comptabilisés dans les comptes du Trésor, plusieurs étapes existent nécessairement. Or, les documents mis à la disposition du public détaillent les conditions de participation, les horaires des enchères ou encore les frais de commissaire-priseur, mais restent silencieux sur le circuit financier emprunté par les recettes. Qui encaisse les sommes ? Qui en assure la garde ? À quel moment le comptable public en prend-il la responsabilité ? Ces informations ne figurent pas dans la communication officielle.
Cette interrogation prend un relief particulier au regard des principes qui encadrent les finances publiques. Dans les systèmes budgétaires inspirés du modèle francophone, une distinction est traditionnellement opérée entre l’administration qui ordonne une recette et le comptable public chargé de l’encaisser et d’en répondre personnellement. Cette séparation vise à renforcer les contrôles internes et la traçabilité des fonds publics. Les Douanes sont compétentes pour conduire les opérations de vente des marchandises placées sous leur responsabilité. En revanche, les modalités selon lesquelles les sommes encaissées rejoignent le Trésor ne sont pas explicitées dans les informations accessibles aux citoyens.
Le silence sur ce point alimente naturellement des interrogations, d’autant que les montants en jeu peuvent être significatifs. Un véhicule affiché à 23 millions de fcfa représente, avec les frais annoncés, près de 26 millions de fcfa à régler immédiatement. Multipliées par plusieurs adjudications au cours d’une même journée, ces opérations peuvent représenter des flux financiers importants. Dans un contexte où le gouvernement met en avant la modernisation de la gestion publique, la digitalisation des recettes et le renforcement des mécanismes de contrôle, la publication du circuit de ces encaissements contribuerait à renforcer la confiance dans l’opération plutôt qu’à laisser prospérer les interrogations.
Les Douanes et le Trésor public disposent pourtant des moyens de dissiper rapidement ce flou. Le Trésor est-il présent sur le site des enchères ou intervient-il après la clôture des ventes ? Les espèces sont-elles remises quotidiennement au comptable public ? Les recettes font-elles l’objet d’un rapprochement systématique entre les procès-verbaux d’adjudication, les montants effectivement encaissés et les sommes reversées au Trésor ? Enfin, un bilan financier de l’opération sera-t-il publié à son terme ? En répondant à ces questions, l’administration ne ferait pas seulement œuvre de pédagogie. Elle démontrerait que la transparence des finances publiques ne s’arrête pas aux discours, mais s’applique également aux opérations exceptionnelles de cession des biens de l’État.














