Gabon : quelle école pour quel citoyen demain ?

Taux d’échec massifs au supérieur public, sureffectifs chroniques, programmes déconnectés du marché et budgets insuffisants. Le système éducatif gabonais accumule les signaux d’alarme. Sans réforme de fond, des générations entières risquent d’être laissées au bord du chemin.

Huit étudiants sur dix sans maîtrise du numérique ; un taux d’échec de 60 à 90 % en première année universitaire ; un sureffectif par rapport aux places disponibles, pour un ratio de 2 687 étudiants par enseignant (dernier bilan disponible, qui date de 2019). Par-delà, une inadéquation criante entre les formations proposées et les besoins réels du marché, notamment dans les métiers techniques, numériques et de l’agro-industrie. L’université Omar Bongo (UOB), établissement de référence de l’enseignement supérieur public gabonais, offre ainsi un tableau sombre mais réaliste des manquements qui minent l’ensemble du système éducatif depuis des années.

Une situation qui amène à se demander quel type d’étudiant le Gabon forme-t-il, pour quel citoyen demain ? Car si les universités privés présentent un bilan légèrement moins alarmant, ils ne représentent qu’une faible fraction de l’offre éducative nationale. Chaque année, de nouveaux bacheliers viennent grossir les rangs de ce système public déjà saturé : plus de 30 000 pour la seule année 2025, alors que le parc universitaire demeure le même ou presque. En 2019 déjà, le ministre de l’Enseignement supérieur d’alors, Dieudonné Moukagni-Iwangou, estimait qu’il fallait « neuf à dix universités » supplémentaires pour répondre au seul déficit de capacités d’accueil dans l’Enseignement supérieur.

L’Éducation nationale n’est pas épargnée. Lycées et écoles primaires publics souffrent des mêmes déficits : manque d’enseignants, insuffisance des capacités d’accueil, laboratoires inexistants, etc. Toute chose qui pousse de nombreux parents à scolariser leurs enfants dans le privé, de la maternelle à l’université, quoique cette option  reste hors de portée pour une large part de la population, à cause de la cherté du coût de la vie. Un titre de presse local résumait avec justesse la situation du Gabon: « le lycée transmet des lacunes, l’université les entérine. »

L’investissement public ne suscite pas plus d’espoir. Alors que les États généraux de l’Éducation de 2010 préconisaient d’allouer 10 % du budget national à l’éducation, la loi de finances rectificative en cours ne lui consacre que 287,35 milliards de francs fcfa, soit environ 5 % d’un budget global. Un écart qui pèse directement sur la qualité de l’offre de formation. L’enseignement technique et professionnel, pourtant présenté comme une des solutions au problème, ne bénéficie que de 0,69 % de cette enveloppe, selon les données officielles.

Les contenus pédagogiques posent eux aussi problème. Les programmes restent insuffisamment ancrés dans les réalités gabonaises, pas plus qu’ils n’intègrent les compétences exigées par le monde d’aujourd’hui comme l’initiation à l’entrepreneuriat, la gestion financière, ou le numérique. À l’heure où l’intelligence artificielle reconfigure en profondeur tous les secteurs d’activité, aucune initiative structurée n’est prévue pour familiariser les apprenants gabonais avec ces technologies. Pendant ce temps, la France (souvent citée en référence) vient de décider que, dès la rentrée 2027, tous les lycéens de Seconde suivront une heure de cours par semaine dédiée à l’IA, sur initiative du Premier ministre Sébastien Lecornu.

Le temps presse. Mais face à l’ampleur des chantiers, le Gabon marque le pas. Oubliant que le capital humain est à la base de tout développement économique. Un paradoxe, au moment même où le pays engage des projets d’envergure comme la construction du port minéralier de Kobe Kobe, ou l’exploitation des mines de fer de Milingui et Belinga.

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