L’examen de la loi de règlement 2023 révèle un fait qui intrigue. Alors que l’État a mobilisé des recettes record, une partie importante des investissements prévus sur ressources propres n’a tout simplement pas été réalisée. Sur les 45,04% d’exécution atteints, plus de la moitié du budget dédié à l’investissement domestique est restée inutilisée. En revanche, les projets financés par des ressources extérieures ont dépassé leurs objectifs avec un taux d’exécution de 105,79%.
Cette différence interpelle. Pourquoi l’argent mobilisé sur nos propres fonds reste-t-il partiellement inutilisé, alors que les financements étrangers sont rapidement absorbés ? Les explications avancées évoquent des lenteurs administratives, des problèmes de passation de marchés publics et une faible capacité opérationnelle dans certains ministères. Conséquence, les chantiers prioritaires financés par le budget national avancent moins vite que ceux soutenus par des bailleurs.
Ce paradoxe se produit alors même que le Gabon a réalisé un excédent budgétaire historique de 1320,6 milliards de fcfa en 2023. Avec 2878,8 milliards de recettes, le pays disposait pourtant de moyens financiers conséquents. Pourtant, l’impact réel sur le terrain reste limité, en particulier dans les infrastructures financées directement par l’État. L’impression qui domine est celle d’un budget fort sur le papier, mais encore fragile dans sa capacité à transformer l’argent en réalisations concrètes.
En parallèle, la dépendance aux financements extérieurs soulève des questions de souveraineté économique. Si ces ressources permettent de faire avancer les projets, elles impliquent aussi des engagements de remboursement et parfois des conditions imposées par les bailleurs. Cette situation risque de freiner la marge de manœuvre budgétaire et de peser sur les finances publiques à long terme.
L’année 2023 laisse donc une leçon. Disposer d’argent ne suffit pas, encore faut-il avoir la capacité institutionnelle et opérationnelle de l’utiliser efficacement. Pour 2024, l’enjeu majeur sera d’améliorer l’exécution des investissements publics sur fonds propres, afin que les excédents budgétaires se traduisent réellement par des routes construites, des écoles rénovées et des hôpitaux opérationnels. C’est la voie que semble avoir emprunté le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Le seul moyen de le savoir c’est en découvrant la loi de règlement 2024 qui sera disponible au plus tard l’année prochaine.














