Le week-end écoulé, la Première Dame, Zita Oligui Nguema, a remis 50 nouveaux véhicules Taxi-Gab à des femmes de Libreville et Port-Gentil. L’initiative, présentée comme une opération d’autonomisation et d’inclusion économique, s’inscrit dans la continuité du programme « Un Gabonais-Un Taxi-Un Permis ». Officiellement, il s’agit d’offrir dignité et emploi à des citoyennes issues de milieux précaires. Officieusement, cette troisième vague de distribution consacre un acteur désormais incontournable du marché automobile gabonais : Luxury Car.
Luxury Car, fournisseur quasi-exclusif de l’État ?
En l’espace de deux ans, Luxury Car, propriété d’un opérateur expatrié, s’est imposé comme le fournisseur quasi exclusif de l’État gabonais. Présidence, ministères, agences publiques, entreprises parapubliques… la liste de ses marchés s’allonge au rythme des cérémonies de remises de clés. Cette domination soulève des soupçons de proximité politique et d’ententes tacites dans la passation des marchés. Aucun appel d’offres n’a été rendu public, aucune procédure de sélection détaillée n’a été communiquée. Et jusqu’à ce jour, aucune autorité n’a révélé le coût global du programme Taxi-Gab ni son mode de financement.

Les 50 véhicules remis aux chauffeuses, des Suzuki Baleno, sont normalement distribués au Gabon par CFAO Motors, détenteur de la licence officielle pour la marque. L’opérateur emploie des Gabonais, paie ses impôts, dispose d’ateliers de maintenance agréés et garantit ses véhicules pendant cinq ans. Luxury Car, lui, n’offre qu’une garantie de deux ans, avec des conditions financières floues et sans la même contribution fiscale au Trésor public. Dans un pays où les droits de douane, la TVA et les taxes communautaires représentent jusqu’à 73% de la valeur CIF d’un véhicule, contourner un concessionnaire agréé, c’est aussi priver l’État de recettes substantielles.
Vers un secteur automobile quasi-monopolisé
Ce projet Taxi-Gab dépasse donc la simple question des taxis. Il illustre une recentralisation discrète des marchés publics autour de quelques opérateurs “amis” du pouvoir, au détriment des acteurs établis qui respectent la réglementation et contribuent à la fiscalité nationale. Le secteur automobile, autrefois concurrentiel, tend désormais vers un quasi-monopole officieux. Pendant que les concessionnaires locaux comme CFAO, Sivva ou Sogafric se plient à des normes fiscales rigoureuses, Luxury Car prospère dans une zone grise, alimentée par les commandes publiques, sans obligation de transparence ni de redevabilité.

Le projet Taxi-Gab qui se voulait symbole d’inclusion, pourrait devenir le miroir d’une économie clientéliste, où l’autonomisation n’est qu’un prétexte à des circuits d’enrichissement bien huilés. À force de privilégier des intermédiaires opaques au détriment d’entreprises locales structurées, le gouvernement affaiblit sa propre base fiscale et compromet la durabilité des politiques sociales. Derrière chaque taxi flambant neuf offert à une bénéficiaire, c’est tout un système qui roule… mais pas forcément dans la bonne direction.














