Gabon : abeilles et développement durable, un levier économique méconnu

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement 2026, l’Institut de recherches technologiques (IRT) du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST) a consacré une rencontre aux abeilles, le 5 juin dernier à l’Institut français de Libreville. Chercheurs, apiculteurs et investisseurs ont échangé autour d’un sujet qui dépasse largement la simple production de miel : le rôle stratégique des pollinisateurs dans la préservation de la biodiversité et le développement économique du Gabon.

Dès l’ouverture des travaux, le directeur général de l’IRT, le Dr Edgar Cédric Fabre Anguillet, a rappelé l’importance fondamentale des abeilles dans les équilibres naturels. Selon lui, plus de 90 % des plantes à fleurs sauvages et plus de 75 % des cultures dépendent de leur action. Une réalité qui fait de la protection des pollinisateurs un enjeu majeur pour la conservation des écosystèmes gabonais.

Un acteur invisible de la sécurité alimentaire

Dans un pays qui mise sur la valorisation durable de son immense patrimoine forestier, les abeilles apparaissent comme des alliées indispensables. Leur travail de pollinisation garantit la reproduction de nombreuses espèces végétales, contribuant ainsi à la préservation de la biodiversité et à la production alimentaire.

L’apiculteur Blaise Mvou, fort de vingt années d’expérience, a résumé cette réalité par une formule simple à nos confrères de L’union : « Sans pollinisation, pas de nourriture pour les animaux ni pour les hommes. » Derrière cette affirmation se cache un enjeu de sécurité alimentaire souvent sous-estimé. La disparition progressive des pollinisateurs pourrait avoir des conséquences directes sur les rendements agricoles et la disponibilité de nombreuses ressources alimentaires.

Une filière économique à construire

Au-delà de l’environnement, l’abeille représente également une opportunité économique. Miel, cire, propolis, pollen ou encore venin sont autant de produits dont la demande ne cesse de croître sur les marchés internationaux. Les chiffres mondiaux illustrent ce potentiel : selon l’INRAE, les abeilles génèrent chaque année près de 153 milliards de dollars de valeur économique, tandis que l’IPBES évalue à 577 milliards de dollars les services rendus par les pollinisateurs.

Pourtant, au Gabon, la filière apicole demeure largement sous-exploitée. Malgré un environnement favorable et une biodiversité exceptionnelle, les producteurs restent confrontés à un manque de structuration, de visibilité et d’accompagnement technique. Les appels lancés par les professionnels en faveur de la création d’observatoires et de laboratoires spécialisés traduisent cette nécessité de bâtir un véritable écosystème de soutien.

Un enjeu pour l’économie verte

Cette rencontre intervient à un moment où le Gabon cherche à diversifier son économie et à renforcer son modèle de développement durable. L’apiculture présente l’avantage de concilier création de richesse, préservation des ressources naturelles et développement local. Elle s’inscrit pleinement dans la logique d’une économie verte capable de générer des revenus tout en protégeant les écosystèmes.

La journée organisée par l’IRT du CENAREST apparaît ainsi comme une première étape importante. Reste désormais à transformer cette prise de conscience en politiques publiques concrètes afin que l’abeille, souvent perçue comme un simple insecte, devienne un véritable moteur de développement pour le Gabon de demain.

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