Un port en eau profonde négocié avec Abu Dhabi Group. Un gisement de potasse discuté avec un groupe chinois. Une étude de faisabilité financée par la coopération américaine. En l’espace de quelques mois, la province de la Nyanga est devenue le théâtre d’un ballet diplomatique où Libreville courtise simultanément des partenaires occidentaux, golfiques et chinois sur des actifs stratégiquement liés, sans qu’aucune doctrine cohérente n’ait été présentée publiquement.
Le cas de Millennial Potash illustre les limites de cette stratégie d’ouverture tous azimuts. La société canadienne a construit sa position sur Banio en s’appuyant sur le soutien affiché du gouvernement gabonais, matérialisé par des visites ministérielles répétées et un accompagnement au PDAC de Toronto. Le financement de son projet repose en partie sur la DFC, l’agence de développement américaine, dont l’engagement traduit une confiance dans la stabilité du cadre gabonais. Recevoir, sur ce même gisement, une délégation chinoise sans préciser la nature de ses ambitions revient à faire porter à un partenaire déjà engagé le risque d’une remise en concurrence non assumée.
Cette manière de négocier sur plusieurs tableaux n’est pas nouvelle dans le paysage économique gabonais. Elle rappelle les arbitrages opérés dans le secteur électrique entre les contrats Karpowership et le partenariat opérationnel noué avec Suez, ou encore la coexistence de financements eurobonds occidentaux et de lignes de crédit chinoises dans la gestion de la dette souveraine. Mais sur un actif minier unique, à la différence d’un mix énergétique ou d’un portefeuille de dette, l’ambiguïté a un coût direct : celui de la crédibilité du permis exclusif comme instrument de sécurisation des investissements étrangers.
Reste à savoir si cette diplomatie de la Nyanga répond à une stratégie voulue de mise en concurrence des partenaires, ou si elle relève d’une gestion au coup par coup des sollicitations extérieures. Dans les deux cas, les autorités actuelles gagneraient à clarifier leur position avant que le doute ne s’installe durablement chez les opérateurs déjà présents sur le terrain.














