L’encours de la dette publique gabonaise atteint 8 780,337 milliards de fcfa à fin décembre 2025, réparti presque à parts égales entre extérieur (4 127,620 milliards de fcfa) et intérieur (4 652,718 milliards de fcfa). Un équilibre en apparence, que dément le coût réel supporté par le Trésor. Cette proximité des deux masses masque des dynamiques totalement opposées : l’une en repli, l’autre en très forte expansion sur l’exercice.
Sur l’année, la dette extérieure, notée Caa2 par Moody’s et CCC- par Fitch, a généré 230,945 milliards de fcfa d’intérêts payés. La dette intérieure, avec un stock à peine supérieur de 12,7%, a généré 215,084 milliards de fcfa d’intérêts, un montant quasiment équivalent. Ramené en taux implicite, l’extérieur affiche environ 5,6% (230,945 Mds d’intérêts rapportés à 4 127,620 Mds d’encours) contre environ 4,6% pour l’intérieur (215,084 Mds sur 4 652,718 Mds), un écart plus resserré qu’attendu compte tenu de la notation souveraine dégradée à l’international.
Ce constat interroge la logique même du pivot vers le financement intérieur. En 2025, 2 211,696 milliards de fcfa ont été mobilisés sur le marché domestique, dont 1 806,798 milliards de fcfa en Obligations du Trésor Assimilables (OTA), contre seulement 639,639 milliards de fcfa de tirages extérieurs. Le Gabon a donc massivement substitué de la dette régionale à de la dette internationale, sans obtenir de réel avantage de coût, alors même que cette bascule expose le Trésor à des refinancements plus fréquents, la maturité des titres régionaux étant structurellement plus courte que celle des financements multilatéraux et bilatéraux classiques.
Autre anomalie : sur ces 1 806,798 milliards de fcfa d’OTA, 1 079,111 milliards de fcfa, soit 60%, proviennent de Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) qualifiés d’« extérieurs », contre 727,687 milliards de fcfa de SVT intérieurs. Le narratif d’un financement domestique porté par l’épargne nationale ne résiste donc pas totalement à l’examen des chiffres. Cette dépendance à des souscripteurs non-résidents sur le marché régional introduit un risque de retournement de la demande, comparable en substance au risque de refinancement propre à la dette internationale que le Gabon cherchait justement à limiter.
Le marché financier régional, qui pèse désormais 3 449,951 milliards de fcfa d’encours sur les 4 652,718 milliards de fcfa de dette intérieure, est devenu le premier pourvoyeur de financement de l’État gabonais. À un coût qui n’a rien de préférentiel, et avec une dépendance croissante à des investisseurs non-résidents sur ce même marché régional. La question posée aux autorités et aux investisseurs de la BVMAC est désormais celle de la capacité d’absorption de ce marché face à des besoins de financement de l’État qui ne montrent aucun signe de ralentissement.














