Les arriérés de la dette publique gabonaise atteignent 459,549 milliards de fcfa à fin décembre 2025, en hausse de 193,135 milliards de fcfa sur un an. Mais tous les créanciers ne sont pas égaux devant cette accumulation d’impayés. La ventilation par catégorie révèle un ordre de priorité clair, jamais assumé publiquement par les autorités actuelles. Ce doublement quasi mécanique du stock d’arriérés en un an interpelle d’autant plus qu’il intervient dans un contexte de décaissements record sur la même période.
Sur les arriérés extérieurs courants, 135,456 milliards de fcfa au total, les créanciers bilatéraux supportent 68,315 milliards de fcfa et les créanciers commerciaux 38,873 milliards de fcfa, contre seulement 28,268 milliards de fcfa pour les bailleurs multilatéraux. Le rapport s’inverse presque du simple au triple entre le bilatéral et le multilatéral. Cette hiérarchie se vérifie mois après mois dans le détail du tableau DGD, avec des pics d’impayés bilatéraux particulièrement marqués en janvier et en août 2025.
L’écart est encore plus marqué sur les arriérés antérieurs à 2025 : 181,514 milliards de fcfa d’impayés extérieurs, dont 86,698 milliards de fcfa de bilatéral et 82,496 milliards de fcfa de commercial, contre 12,320 milliards de fcfa seulement au multilatéral. Les institutions comme la Banque Mondiale, la BAD ou le FMI sont donc réglées en quasi-priorité, pendant que les créanciers bilatéraux et les fournisseurs commerciaux attendent.
Au total, bilatéraux et commerciaux extérieurs concentrent 316,969 milliards de fcfa d’arriérés cumulés, courants et antérieurs confondus, sur les 459,549 milliards de fcfa globaux, soit près de 69% du stock, alors qu’ils ne représentent qu’une fraction de l’encours total de la dette extérieure.
Cette hiérarchie n’a rien de fortuit. Elle reflète le statut de « créancier privilégié » traditionnellement accordé aux institutions multilatérales, dont dépend l’accès du Gabon à de nouveaux financements concessionnels.
Mais elle expose aussi le pays à une dégradation de sa relation avec ses partenaires bilatéraux, la Chine, la France et d’autres, et avec ses fournisseurs commerciaux internationaux, déjà lourdement mis à contribution. Une telle asymétrie, si elle se prolonge, peut aussi renchérir le coût de futurs financements bilatéraux, les créanciers lésés répercutant le risque perçu sur leurs prochaines conditions de prêt.
Le paradoxe est frontal avec la stratégie en cours : pendant que le Gabon négocie un audit de sa dette avec le FMI, il laisse gonfler ses impayés envers les créanciers non-multilatéraux. Une stratégie qui peut rassurer Washington à court terme, mais qui fragilise durablement la crédibilité du pays sur le marché bilatéral et commercial. Reste à savoir si l’audit du FMI intégrera cette asymétrie de traitement dans son évaluation, ou s’il se limitera à la soutenabilité globale du stock.














