Gabon : un dérapage de 1 118 milliards de fcfa de service de la dette publique qui n’a rien d’un accident

Le service de la dette publique gabonaise s’est établi à 2 758,530 milliards de fcfa à fin décembre 2025, contre une programmation initiale de 1 640,583 milliards de fcfa. L’écart, 1 117,947 milliards de fcfa, représente une hausse de 68% par rapport au montant prévu en loi de finances. Un tel dépassement pourrait laisser croire à un État débordé par ses échéances. À titre de comparaison, ce seul écart dépasse le budget annuel cumulé de plusieurs ministères sociaux, ce qui donne la mesure de l’ampleur du réajustement opéré en cours d’année.

Les documents de la Direction Générale de la Dette (DGD) racontent une autre histoire. L’écart s’explique par des opérations de syndication et de rachat de titres menées en février et décembre 2025, ainsi que par l’opération dite « MOUELE » de mobilisation de ressources domestiques réalisée en mars. Ce sont des décisions de gestion active du passif, pas des paiements subis sous la contrainte des marchés. Le rapport DGD ne détaille toutefois ni le coût net de ces opérations de rachat, ni le gain de maturité obtenu, une donnée qui mériterait d’être demandée directement au Trésor pour juger de leur pertinence financière.

Le mois de mars concentre à lui seul 1 080,743 milliards de fcfa de service réalisé, soit près de 40% du total annuel, tiré par un remboursement en capital intérieur de 1 051,845 milliards de fcfa ce seul mois. Février affiche également un pic à 216,085 milliards de fcfa sur la dette extérieure, coïncidant avec 359,568 milliards de fcfa tirés sur le marché financier international le même mois. Ces deux mois concentrent à eux seuls plus de la moitié du service annuel total, ce qui traduit une gestion de trésorerie par à-coups plutôt qu’un lissage régulier des échéances sur l’exercice.

Pendant que ce pilotage actif se déployait, l’encours de la dette extérieure a reculé de 40,887 milliards de fcfa sur l’année, soit -0,981%, porté par la baisse des dettes bilatérales, multilatérales et de marché international. Le poids de l’ajustement a donc été transféré vers l’intérieur : l’encours domestique a bondi de 1 687,932 milliards de fcfa, +56,933%, en un an. Ce basculement d’un compartiment à l’autre n’est mentionné nulle part comme une stratégie assumée dans la communication officielle, alors qu’il constitue le fait marquant de l’exercice 2025.

À l’heure où Libreville attend les conclusions de l’audit de la dette du FMI, mi-juillet, cette lecture change la portée du chiffre. Les 2 758,530 milliards de fcfa ne signalent pas une dette hors de contrôle, mais une stratégie assumée de restructuration du profil d’endettement, au prix d’un recours accru et coûteux au marché régional. L’enjeu pour l’audit sera précisément de vérifier si ce transfert de charge vers l’intérieur a été anticipé dans la trajectoire de soutenabilité présentée aux bailleurs, ou s’il constitue un ajustement improvisé en cours d’exercice.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img