Depuis le lancement du chantier de la nouvelle aérogare de Libreville en 2021, 81 milliards de fcfa ont déjà été décaissés sur une enveloppe totale désormais estimée à 259 milliards de fcfa par le cabinet français Artelia. Ce chiffre, révélé par Africa Intelligence, pose une question simple mais jusqu’ici sans réponse publique : sur quels postes précis cet argent a-t-il été engagé ? Ni le concessionnaire GSEZ Airport, ni le ministère des Transports n’ont publié de ventilation détaillée entre travaux de génie civil, honoraires d’ingénierie, acquisitions foncières et frais de gestion du projet.
Cette opacité intervient dans un contexte où l’écart entre le budget initial de 202 milliards de fcfa fixé en 2021 et l’estimation actuelle de 259 milliards reste, lui aussi, largement inexpliqué. FLYGABON, dans son communiqué du 31 juillet dernier, a pointé cette dérive de 57 milliards de fcfa sans que le concessionnaire n’apporte de réponse publique argumentée. Les retards accumulés sur le chantier sont avancés comme facteur explicatif, mais aucun document ne permet à ce jour de mesurer la part de ces retards dans la révision budgétaire, par rapport à d’éventuels avenants contractuels ou révisions de spécifications techniques.
Le constructeur du projet, l’entreprise burkinabè Ebomaf, dirigée par l’homme d’affaires Mahamadou Bonkoungou, est également engagée sur d’autres chantiers structurants au Gabon, notamment la ville nouvelle de Libreville 2 et l’axe routier Lébamba-Mbigou-Malinga-Molo. Cette concentration de marchés publics d’envergure entre les mains d’un même opérateur mériterait un examen des conditions d’attribution et des modalités de suivi financier appliquées à chacun de ces projets, dans un contexte où les investigations sur les irrégularités de la commande publique gabonaise se sont multipliées ces derniers mois.
Pour retracer la trajectoire précise des 81 milliards déjà décaissés, plusieurs pistes documentaires s’imposent : les rapports d’exécution budgétaire du ministère de l’Économie et des Finances, les éventuels avis ou observations de la Cour des comptes sur ce dossier, ainsi que les documents de reporting qu’Afreximbank et le pool bancaire régional (BGFI Bank Gabon, AFG Bank Cameroun) exigent habituellement dans le cadre de ce type de financement structuré. Ces institutions financières, en tant que créanciers, disposent nécessairement d’un droit de regard sur l’usage des fonds décaissés, ce qui ouvre une voie d’accès indirecte à l’information.
Au-delà de la question comptable, cette zone grise interroge la gouvernance globale du projet d’Andeme. Si l’État gabonais ambitionne de faire de ce chantier un symbole de la modernisation des infrastructures nationales, l’absence de transparence sur l’utilisation des fonds déjà engagés fragilise cette ambition et alimente les interrogations légitimes des compagnies aériennes appelées, via la redevance R4, à financer indirectement le solde du projet.













