Dérogations fiscales : Libreville relance enfin l’audit promis  hier

Quatorze mois après avoir suspendu en urgence ses exonérations fiscales et douanières, le gouvernement gabonais s’attelle enfin à l’audit promis en juin 2025, avec comme enjeu,  sécuriser des centaines de milliards de recettes envolées chaque année.

Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a présidé le 3 août une séance de travail consacrée au suivi des mécanismes de dérogations fiscalo-douanières. L’objectif : dresser un point d’étape sur les dispositifs d’exonération en vigueur, avant le lancement d’un audit prévu courant septembre 2026.

Cet audit devra évaluer la conformité réglementaire des textes accordant des avantages aux entreprises, mesurer leur efficacité économique réelle et estimer leur impact sur les finances publiques. Une phase de contrôle sur le terrain est également prévue, pour vérifier si les avantages fiscaux consentis aux opérateurs économiques correspondent bien aux engagements d’investissement qui avaient justifié leur octroi à l’origine. 

Un an de retard sur le calendrier annoncé

Le 20 juin 2025, le Conseil des ministres avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Entre 2023 et 2025, le Gabon a enregistré un manque à gagner cumulé de plus de 1 000 milliards de FCFA, imputable à des exonérations fiscales que l’exécutif qualifiait lui-même de « massives et mal encadrées ». Le détail donnait la mesure du problème : 682,67 milliards de fcfa en fiscalité intérieure, 376,55 milliards en fiscalité de porte, aux frontières douanières.

Trois mesures avaient alors été annoncées : une suspension immédiate et conservatoire de toute nouvelle exonération pour une durée de trois mois, le lancement d’un audit complet de performance et de pertinence de tous les régimes fiscaux et douaniers dérogatoires, et une réforme des conditions d’éligibilité à ces régimes, fondée sur la transparence, l’équité et l’impact économique mesurable.

La suspension a bien eu lieu. L’audit complet, en revanche, n’a jamais démarré dans les délais annoncés. Il aura fallu attendre plus d’un an pour que la séance du 3 août fixe enfin le cadre méthodologique de cette évaluation.

Les dérogations accordées aux entreprises — zones économiques spéciales, régimes miniers, avantages sectoriels ciblés — restent l’un des principaux leviers d’attractivité économique de l’État. Mais chaque dérogation mal justifiée prive le Trésor de ressources, dans un pays où la pression sur les finances publiques ne faiblit pas.Pour mesurer l’ampleur de la somme, les 1 000 milliards de fcfa perdus en trois ans construisent l’équivalent de 18 stades de la taille de celui de Port-Gentil, de 150 lycées en moyenne, ou encore correspondent à 26 années de recettes des frais médicaux hospitaliers au Gabon.

L’équation que doit résoudre l’audit de septembre est donc celle-ci : produire enfin une photographie complète  du système dérogatoire gabonais, ou rejoindre la liste des exercices annoncés puis dilués dans le temps. La deuxième option ne serait pas sans conséquence, au moment où Libreville négocie avec le Fonds monétaire international les contours d’un nouveau programme. Une institution connue pour exiger des données financières transparentes et fiables.

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