Gabon : la taxe R4, quand une taxe publique bascule vers un compte privé

Conçue en 2021 pour accompagner le financement de la nouvelle aérogare de Libreville, la redevance passager R4 devait initialement transiter par la Caisse des dépôts et consignations, un organisme public chargé de sécuriser et de superviser ce type de fonds. Or, selon plusieurs sources concordantes, l’objectif de cette taxe a été modifié dès la fin de l’année 2022, avant qu’un arrêté signé le 13 novembre 2025 par les ministres d’État Henri-Claude Oyima et Ulrich Manfoumbi Manfoumbi n’entérine un changement de circuit financier majeur : le produit de la R4 est désormais versé directement sur un compte ouvert par GSEZ Airport auprès de BGFIBank.

Ce basculement mérite un examen approfondi pour une raison simple : BGFI Bank Gabon figure elle-même parmi les créanciers du projet, aux côtés d’Afreximbank et d’AFG Bank Cameroun, dans le cadre de la facilité de financement de 190 milliards de fcfa signée en juillet 2025. Une taxe publique prélevée sur les passagers aériens se trouve ainsi acheminée vers un compte logé chez l’un des partenaires financiers du concessionnaire, sans que le Trésor public ne conserve de droit de regard direct sur ces flux, une configuration qui pose la question du contrôle démocratique de l’usage de cette ressource.

L’article 13 de l’arrêté précise que le produit de la R4 est affecté au concessionnaire pour financer les investissements liés à la construction, payer les charges du projet et rembourser les financements contractés, dans les limites des engagements approuvés par l’État. Cette formulation, si elle encadre juridiquement l’usage des fonds, ne garantit pas pour autant une traçabilité publique de leur emploi effectif, ni un mécanisme d’audit indépendant accessible aux citoyens ou aux compagnies aériennes qui contestent le dispositif.

La controverse a pris un tour concret ces dernières semaines : FLYGABON a annoncé fin juillet suspendre la collecte de la R4 sur ses vols, tout en continuant de reverser au Trésor public les sommes déjà perçues, une position qui souligne implicitement la défiance de la compagnie envers le nouveau circuit de reversement. Cette suspension intervient alors que la compagnie porterait elle-même une dette de plus de 7 milliards de fcfa liée au versement de cette redevance, un élément qui complexifie la lecture du conflit et mériterait d’être clarifié auprès des deux parties.

Ce dossier dépasse la seule question aéroportuaire. Il pose la question plus large du contrôle parlementaire et de la Cour des comptes sur les mécanismes de préaffectation de recettes fiscales à des opérateurs privés ou semi-privés, une pratique qui s’est multipliée dans plusieurs secteurs d’infrastructure au Gabon. Documenter précisément qui a porté cette décision de basculement, et selon quelle procédure administrative elle a été validée, constituerait une contribution significative à la transparence de la gestion des finances publiques gabonaises.

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