Le Gabon affiche, en 2025, le ratio commerce/habitant le plus élevé du continent face à la Chine. Avec 3,94 milliards dollars d’échanges cumulés sur l’année pour une population d’environ 2,3 millions d’habitants, le pays enregistre une intensité commerciale proche de 1 700 dollars par tête, largement devant l’Angola (~580 dollars), la RDC (~245 dollars) ou le Cameroun (~170 dollars), pourtant tous partenaires plus lourds en valeur absolue.
Ce chiffre ne traduit pas une économie diversifiée qui commerce plus, il traduit l’inverse : une rente minière et forestière extrêmement concentrée, rapportée à une population réduite. Le manganèse porté par Comilog et le bois transformé constituent l’essentiel du flux vers la Chine, avec un excédent commercial gabonais de 2,43 milliards dollars sur l’année, en progression de 8,3% par rapport à 2024. Les achats chinois au Gabon (3,19 milliards de dollars) croissent d’ailleurs plus vite (+9,3%) que les ventes chinoises au pays (+751 millions de dollars, +4,2%), confirmant un mouvement de fond : le Gabon devient un fournisseur structurel de plus en plus indispensable à la chaîne industrielle chinoise, sans que la réciproque progresse au même rythme.
Ce ratio par habitant n’est pas qu’une curiosité statistique. Il mesure la sensibilité macroéconomique du pays à un seul flux : toute variation du prix du manganèse ou de la demande chinoise se répercute, par habitant, avec une force que peu d’économies africaines connaissent à ce niveau. La RDC, miroir régional d’une diversification que le Gabon n’a pas encore. À l’échelle de l’Afrique centrale, la comparaison la plus instructive n’est pas le Cameroun, dont le volume proche masque un poids démographique douze fois supérieur, mais la République démocratique du Congo.
Avec 26,74 milliards dollars d’échanges cumulés en 2025 avec la Chine, la RDC pèse 6,8 fois le volume gabonais, portée par le cobalt et le cuivre. L’écart illustre une divergence de trajectoire au sein même de l’Afrique centrale. La RDC a bâti, sur la dernière décennie, un portefeuille minier à plusieurs piliers (cobalt, cuivre, et dans une moindre mesure lithium et étain), qui la positionne au cœur des chaînes de valeur batteries et véhicules électriques.
Le Gabon reste sur un modèle mono-produit, manganèse et bois, sans diversification minière comparable, alors même que son sous-sol recèle d’autres ressources encore peu exploitées (fer de Belinga, potentiellement d’autres gisements dans la Ngounié et l’Ogooué). Le contraste est d’autant plus net que le Gabon dispose, par habitant, d’une capacité de négociation théoriquement supérieure à celle de la RDC face à Pékin, sa rente étant plus concentrée par tête et donc, en principe, plus facile à valoriser politiquement.
Mais cette capacité ne s’est pas encore traduite en diversification de l’offre exportée, ni en position de force dans la fixation des prix, Comilog restant preneur de prix sur un marché où les cours ont grimpé à un plus haut de dix-sept mois en ce début d’année 2026. Le protocole de transformation manganèse Eramet/Comilog signé à Paris le 20 juillet 2026 constitue, à cet égard, le premier test concret de la capacité du Gabon à capter davantage de valeur en aval, plutôt que de rester cantonné à l’exportation de minerai brut à l’image du modèle qui prévaut depuis des décennies.













