Gabon : Oligui peut-il réformer la fonction publique alors que l’État recrute des milliers de soldats?

La visite du président Brice Clotaire Oligui Nguéma au ministère de la Fonction publique a été un moment fort, où il a appelé à plus d’efficacité, de discipline et de performance dans les services publics. Il a insisté sur la nécessité de donner leur chance à de jeunes Gabonais compétents et à l’aise avec le numérique, suggérant que la digitalisation pourrait devenir un levier clé pour rationaliser la fonction publique.

Cette ambition se heurte cependant à la réalité budgétaire et structurelle de l’État. Pour 2026, la masse salariale de la fonction publique est prévue à près de 960 milliards de fcfa, un niveau historiquement élevé qui absorbe une part considérable des ressources de l’État, au détriment de l’investissement productif et des politiques de développement. Les services publics restent encore peu performants, comme le montre le score de 38,4/100 du Gabon dans la catégorie “Administration publique” de l’Index Mo Ibrahim 2024, classant le pays 45ᵉ sur 54 en Afrique.

Cette croissance constante des effectifs sécuritaires pèse sur le budget, réduit les marges pour l’investissement productif.

Mais la contradiction est flagrante : pendant que le gouvernement appelle à la rationalisation et à la performance, l’État poursuit une militarisation massive de ses effectifs. Les forces de défense et de sécurité, incluant l’armée, la gendarmerie et la police, représentent plus de 32 000 agents actifs, soit une part significative des effectifs publics. Cette croissance constante des effectifs sécuritaires pèse sur le budget, réduit les marges pour l’investissement productif, et s’oppose directement à la logique de performance et de rationalisation dans l’administration civile.

L’analyse montre un paradoxe : le Gabon ambitionne de moderniser sa fonction publique, d’accélérer la digitalisation et d’augmenter l’efficacité, tout en continuant à recruter massivement dans les forces de défense et de sécurité, secteur historiquement coûteux et peu soumis à des mécanismes de contrôle de performance comparables à l’administration civile. Ce double discours soulève des questions sur la cohérence de la politique publique en matière de gestion des ressources humaines.

Au final, la question reste entière : comment concilier la promesse d’une fonction publique performante et digitalisée avec la poursuite d’une militarisation croissante du pays ? Des pays africains comme le Rwanda, le Kenya ou le Cap-Vert montrent que la digitalisation peut transformer l’administration publique en facilitant les services aux citoyens, la traçabilité des dépenses et la gestion des ressources humaines. Au Gabon, la réussite de ces ambitions dépendra de la capacité du gouvernement à réformer profondément ses structures et à arbitrer entre expansion sécuritaire et modernisation administrative, faute de quoi la promesse de performance risque de rester largement théorique.

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