Gabon : pour connaître la santé financière d’Assala Energy, il faut désormais lire Jeune Afrique

Près de deux ans après le rachat d’Assala Energy par Gabon Oil Company, les indicateurs industriels se sont nettement améliorés : la production, qui tournait autour de 45 000 barils par jour lors de la prise de contrôle en juin 2024, avait atteint 57 000 barils par jour en décembre 2025, selon S&P Global. La progression est substantielle et renforce le poids de la compagnie publique dans la production nationale. Elle ne répond toutefois qu’à une partie de la question posée depuis l’acquisition : combien cette opération rapporte-t-elle réellement à l’État gabonais une fois la dette, les investissements et les coûts d’exploitation payés ? 

Le rachat avait nécessité un financement exceptionnel. S&P Global rapportait en juin 2024 que Gunvor avait fourni environ 800 millions de dollars pour une transaction dépassant le milliard de dollars, alors que les conditions détaillées du prêt n’avaient pas été rendues publiques par les parties. Gunvor confirmait de son côté avoir apporté le soutien financier permettant à GOC de boucler l’acquisition, sans publier le taux d’intérêt, l’échéancier complet ou le coût total du financement. Deux ans plus tard, la hausse de la production permet donc de constater que l’actif produit davantage, mais elle ne permet toujours pas de calculer le rendement net de l’investissement pour le Gabon. 

C’est sur ce terrain que les informations publiées par Jeune Afrique prennent une importance particulière. Elles renseignent sur la capacité d’Assala à générer suffisamment d’activité pour rendre le montage soutenable, alors que les chiffres permettant de suivre précisément les flux financiers entre Assala, GOC et Gunvor restent dispersés. Le directeur général d’Assala expliquait en 2025 que l’entreprise versait des dividendes à sa maison mère GOC et que la relation d’endettement avec Gunvor concernait directement GOC, non Assala. Mais le montant de ces dividendes, leur évolution et leur poids par rapport aux échéances du financement n’étaient pas précisés dans cet entretien. 

Il existe pourtant des comptes publics. Assala Energy UK Limited a déposé ses comptes complets pour l’exercice 2024 auprès de Companies House en novembre 2025, quelques mois après le passage sous contrôle de GOC. Le registre britannique confirme également que Gabon Oil Company est devenue la personne exerçant un contrôle significatif à compter du 21 juin 2024. Mais ces documents ne répondent pas à toutes les interrogations relatives au coût supporté par la compagnie nationale : encours exact du prêt Gunvor, intérêts déjà versés, valeur du brut cédé dans le cadre du financement, montant des dividendes encaissés par GOC ou encore rendement cumulé de l’acquisition depuis juin 2024. 

La question devient d’autant plus importante que GOC a depuis reproduit cette stratégie. En juillet 2025, la compagnie publique a racheté les actifs gabonais de Tullow pour 307 millions de dollars, avec un nouveau financement de 220 millions de dollars apporté par Gunvor et 87 millions provenant des ressources propres de GOC. Assala ne constitue donc plus seulement une acquisition isolée : elle sert désormais de référence à une politique d’expansion de la compagnie nationale. La production à 57 000 barils par jour apporte un premier indicateur industriel favorable ; pour juger de la performance financière du pari, il reste surtout à connaître combien GOC a déjà remboursé, combien elle doit encore, et combien l’actif a effectivement rapporté au Trésor et à son actionnaire public. 

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