L’incendie meurtrier d’Owendo, où un entrepreneur du bâtiment a péri en tentant de sauver en espèces le paiement de deux chantiers, remet en lumière le poids considérable de l’informalité dans le secteur de la construction gabonais. Une grande partie des petits chantiers de gros œuvre, de finition ou de rénovation échappe aujourd’hui à toute déclaration fiscale, à tout contrat écrit et à toute traçabilité financière.
Ce pan de l’économie repose sur des paiements en liquide remis de la main à la main, sans facturation, sans TVA collectée et sans cotisation sociale versée. Pour l’État, le manque à gagner se chiffre potentiellement en milliards de francs CFA chaque année, entre impôt sur les sociétés non perçu, patente non acquittée et charges sociales absentes. Pour les artisans eux-mêmes, l’absence de statut formel signifie aussi l’absence de tout filet de sécurité : pas d’assurance décès, pas de couverture accident du travail, pas de recours en cas de litige avec un client.
Le drame d’Owendo illustre un autre risque, plus direct celui là. La conservation physique de sommes importantes au domicile, faute d’accès simple à un compte professionnel ou à un service de paiement électronique adapté aux petits corps de métier. Un simple virement ou un dépôt mobile money aurait suffi à mettre cet argent hors de portée du feu, et hors de portée du vol.
Plusieurs pistes existent pourtant pour formaliser progressivement ce secteur : simplification du régime fiscal pour les micro-entrepreneurs du BTP, campagnes de sensibilisation à la bancarisation portées conjointement par les banques et les autorités, ou encore développement de produits de microassurance ciblés sur les artisans. Sans ces mesures, le secteur continuera de peser lourd dans l’économie réelle gabonaise tout en restant largement invisible pour les statistiques officielles et les recettes publiques.













