Manganèse : 2029, le pari d’une industrie gabonaise qui devra former ses propres talents

Le 1er janvier 2029, plus une tonne de manganèse brut ne quittera le Gabon sans transformation préalable. On parle beaucoup d’usines, de fours et de mégawatts. On parle moins de celles et ceux qui devront les faire tourner, et c’est pourtant là que se jouera la réussite du pari.

Un cap fixé en Conseil des ministres

C’est le 30 mai 2025 que le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé l’interdiction d’exporter le manganèse brut. Le Gabon, deuxième producteur mondial, veut rompre avec des décennies d’économie extractive et capter enfin une part plus large de la valeur créée par son sous-sol. En février 2026, au Mining Indaba du Cap, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a répété que le cap ne bougerait pas, y compris si les coupures d’électricité servaient d’argument aux industriels. Le message est limpide : l’échéance n’est pas négociable, seules les modalités pratiques de la transition le sont.

Un outil industriel encore modeste

Le point de départ, lui, reste mince. Le Complexe métallurgique de Moanda, rattaché à Comilog et donc au groupe Eramet, est aujourd’hui le principal atout du pays en matière de transformation. Son unité d’hydrométallurgie produit environ 20 000 tonnes par an d’un manganèse très pur, une goutte d’eau face aux volumes extraits chaque année dans le bassin de Moanda. Eramet a toutefois nommé un directeur de la transformation de la chaîne de valeur au Gabon, signe que le groupe prend l’échéance au sérieux et qu’il prépare déjà son adaptation.

Des métiers à inventer, et vite

Transformer, ce n’est pas seulement concasser. Il faut des fours, une énergie fiable, des laboratoires, de la maintenance, de la logistique, et donc des métallurgistes, des électromécaniciens, des techniciens de procédés, des spécialistes de la sécurité industrielle. Beaucoup de ces profils se recrutent aujourd’hui à l’extérieur du pays, alors que les Gabonais sont trop souvent cantonnés aux postes d’exécution. Or trois ans, c’est court pour former un technicien supérieur, et plus court encore pour fabriquer un cadre qui a de l’expérience. Lycées techniques, centres de formation de Moanda et de Franceville, universités : tout ce monde doit s’aligner sur les besoins réels des industriels, avec des stages, de l’alternance et des plateaux techniques dignes de ce nom. Sans ce travail de fond, le risque est connu : les postes qualifiés iront à des expatriés, pendant que les jeunes du pays regarderont passer les camions.

Les sceptiques n’ont pas tout à fait tort

Certains économistes rappellent que l’État doit faire sa part : routes, rail, énergie. Une usine sans électricité stable, disent-ils, n’est qu’une vitrine, et les opérateurs pourraient finir par se lasser. Le gouvernement a prévu une période transitoire et un stock de sécurité pour amortir le choc, mais la formation, elle, ne se décrète pas. Ce scepticisme a le mérite de poser la vraie question : à quoi bon une usine flambant neuve si les ouvriers, les ingénieurs et les électriciens capables de la conduire manquent à l’appel le jour de la mise en service ?

Une chance à ne pas gâcher

L’opportunité n’en reste pas moins réelle. Chaque tonne traitée sur place crée des emplois directs, mais aussi de la sous-traitance : transport, maintenance, restauration, services. Un jeune formé à la métallurgie ne sera d’ailleurs pas condamné au seul manganèse, car ses compétences serviront d’autres filières. 2029 est un rendez-vous. Reste à savoir si les écoles, les entreprises et l’État seront vraiment à l’heure.

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