Le Gabon promet, une nouvelle fois, de remettre de l’ordre dans sa production statistique. Réunies à Libreville autour de la Banque africaine de développement, de la CEMAC et de l’UNFPA, les autorités gabonaises ont participé cette semaine à un atelier consacré à la modernisation des systèmes statistiques nationaux et sous‑régionaux. Au programme : le déploiement du SDMX, standard international d’échange de données, et la migration vers ODP 2.0, plateforme destinée à structurer et diffuser les statistiques publiques. Deux outils visant à améliorer la gestion et la diffusion des données au sein des pays de la CEMAC.
La ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, a salué cette initiative, en reconnaissant que « des données fiables, accessibles et transparentes sont indispensables pour éclairer la décision publique et accélérer la transformation des économies ». Elle a assuré que « le Gabon fera sa part » dans cette réforme.
Mais c’est bien là que le bât blesse. Car depuis trop d’années déjà, chaque atelier, chaque Journée nationale ou africaine de la statistique donne lieu aux mêmes déclarations d’intention, sans que rien ne change fondamentalement. En 2020 déjà, le thème retenu, « Moderniser les systèmes statistiques nationaux pour soutenir la paix et le développement durable », portait exactement la même promesse. Mais six ans plus tard, le constat n’a guère évolué. Obtenir des données comme une cartographie des entreprises exerçant au Gabon, la structure des ménages, ou même des données hospitalières, relève quasiment de l’impossible.
Votre média Inside News241 le rappelait déjà dans un article du 4 mars dernier, en parlant des données statistiques comme un angle mort de la gouvernance économique gabonaise. Nous prenions appui sur un rapport du FMI portant sur les outils de prévision macroéconomique, au sein duquel les derniers comptes nationaux officiellement validés remontaient à… 2005. Soit près de vingt ans de décalage statistique.
Dans un pays qui ambitionne de renforcer l’attractivité de son économie, l’absence de données fiables handicape autant les investisseurs que les chercheurs, les administrations ou encore les journalistes. Gageons qu’à l’ère de la Ve République, ces engagements soient enfin suivis d’actions. Car il faut le dire, la modernisation statistique n’est pas un luxe technocratique. Elle constitue un marqueur démocratique, un outil de pilotage public et un signal positif envoyé aux investisseurs.













