AGOA prolongé à 2028 : un répit pour l’Afrique, un dilemme pour le Gabon

La prolongation de l’AGOA jusqu’en 2028 offre un répit aux économies africaines, mais elle s’accompagne d’exigences américaines inédites sur l’accès aux minerais critiques. Pour le Gabon, où ce régime préférentiel demeure une niche plus qu’un levier de croissance, l’enjeu sera d’éviter que ces nouvelles conditions ne contrarient ses ambitions de transformation économique.

Le Sénat américain a approuvé, le 8 août, la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028. Le texte met fin à plusieurs mois d’incertitude pour la trentaine de pays africains bénéficiaires de ce dispositif commercial, déjà arrivé à expiration une première fois en septembre 2025 avant d’être reconduit provisoirement jusqu’à fin 2026. Il doit désormais repasser devant la Chambre des représentants avant sa promulgation par Donald Trump.

Cette rallonge n’a pourtant rien d’un blanc-seing. Washington y inscrit désormais ses priorités stratégiques : garantir aux entreprises américaines un accès privilégié aux minerais critiques (cobalt, manganèse, terres rares, etc.)  extraits ou transformés dans les pays membres. L’accès au marché américain devient ainsi un levier pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement des États-Unis, dans un contexte de compétition accrue avec la Chine. L’AGOA glisse progressivement d’un outil d’influence géopolitique et de développement, tel qu’il fut conçu en 2000, vers un instrument de protection des intérêts industriels américains.

Sur le continent, plusieurs économies restent fortement dépendantes de ce dispositif, du textile kényan et lesothan au secteur automobile sud-africain, en passant par la vanille malgache. Le Gabon, lui, occupe une place singulière. L’AGOA y demeure marginale, concentrée sur le pétrole brut et le manganèse, qui constituent l’essentiel des exportations vers les États-Unis. Or, ces matières premières sont au cœur de la stratégie gabonaise de montée en gamme économique.

Pour le manganèse par exemple, les autorités de la Ve République misent sur une transformation locale à moyen terme, afin de capter davantage d’argent au bénéfice du pays. Le risque, pour Libreville, serait donc celui d’une AGOA en décalage avec ses propres objectifs de valorisation et de souveraineté industrielle. Pour le Gabon, l’enjeu ne sera pas de rester dans l’AGOA jusqu’en 2028. Il sera de s’assurer que les concessions exigées par Washington ne viennent pas contredire, dans les faits, la politique de transformation économique portée par la Ve République.

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