Gabon : le grand absent d’une enquête qui, pourtant, le concerne directement

Le Gabon ne figure pas parmi les 16 pays couverts par l’African Youth Survey 2026, ce qui interdit toute comparaison directe avec le sursaut d’optimisme mesuré en Éthiopie, au Ghana ou en Zambie. Mais l’absence de données comparatives ne signifie pas absence de matière. Le pays dispose, sur la même période récente, de ses propres indicateurs nationaux sur l’emploi des jeunes, et ce sont eux qui permettent de deviner de quel côté du graphique le Gabon se situerait probablement s’il avait été interrogé.

Le point de départ est sans ambiguïté : l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage, présentée le 29 avril 2026 à Libreville, chiffre le chômage des jeunes à 34,5 %, soit un niveau proche du taux relevé par une autre source à 34 % chez les 15-24 ans. C’est presque le double du taux de chômage global du pays, établi à 17,4 %, contre 20 % en 2010, un recul en valeur absolue qui masque en réalité une jeunesse structurellement plus touchée que le reste de la population active. Sur ce seul critère, le Gabon se rapprocherait davantage du profil des pays les plus pessimistes de l’enquête Ecofin, comme le Kenya (67 % des jeunes citant le manque d’opportunités d’emploi comme préoccupation) ou le Nigeria, que de la trajectoire euphorique de l’Éthiopie ou du Burkina Faso.

Le diagnostic gabonais le plus récent, le Rapport national sur le développement humain 2026, va plus loin que le simple chiffre en identifiant les mécanismes de blocage. Un jeune actif sur trois est au chômage dans un pays qui manque pourtant de bras qualifiés, un paradoxe expliqué par trois défaillances qui se renforcent mutuellement : une école déconnectée du marché, une économie trop étroite pour absorber sa jeunesse et une intermédiation qui ne joue pas son rôle. Ce diagnostic structurel fait écho, presque terme à terme, à ce que l’African Youth Survey identifie ailleurs sur le continent comme la variable qui fait basculer le moral, à savoir la perception de l’emploi. Sauf qu’au Gabon, contrairement à l’Éthiopie ou à la Zambie où l’inquiétude sur le chômage recule fortement, rien n’indique pour l’heure un mouvement de bascule comparable, le RNDH parlant au contraire d’un phénomène chronique et documenté depuis plusieurs éditions successives.

Un autre signal, plus qualitatif, va dans le même sens. Bien qu’affichant l’indice de développement humain le plus élevé de la région Afrique centrale, le Gabon peine à résorber la crise du chômage qui touche une grande partie de sa jeunesse, et 55 % des jeunes déclarent être confrontés à des problèmes d’accès au crédit, une contrainte supplémentaire à l’entrepreneuriat des jeunes qui ne figure pas explicitement dans les indicateurs suivis par l’African Youth Survey mais qui pèse directement sur le sentiment de blocage économique. 

Ce paradoxe, un pays mieux classé que ses voisins sur le développement humain mais moins capable d’absorber sa jeunesse sur le marché du travail, est justement le type de déconnexion entre indicateurs macroéconomiques et vécu quotidien que l’enquête Ecofin documente ailleurs, par exemple en Afrique du Sud ou au Kenya, deux économies pourtant plus diversifiées que la moyenne continentale mais où le pessimisme reste le plus élevé.

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