Dans son discours à la Nation prononcé à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a adressé un avertissement appuyé aux propriétaires d’immeubles et de chantiers inachevés bordant les grands axes de Libreville. Après des mises en demeure, l’État se réserve la possibilité de préparer des mesures normatives permettant leur réquisition pour cause d’intérêt général, dans le strict respect, a-t-il précisé, de la Constitution et du droit de propriété. Cette annonce, encore à l’état de déclaration d’intention, mérite d’être replacée dans le contexte élargie de l’évaluation internationale du climat des affaires gabonais.
Sur ce terrain précis, les données disponibles ne sont guère favorables au pays. Le rapport Doing Business de la Banque mondiale, aujourd’hui discontinué, plaçait le Gabon au 169e rang sur 190 économies lors de sa dernière édition en 2020. Depuis l’arrêt de ce classement en 2021, à la suite d’irrégularités constatées dans certaines données, la Banque mondiale a lancé un nouvel outil, le Business Ready (B-READY), dont la deuxième édition a été publiée fin décembre 2025. Le Gabon n’y figure toutefois pas encore parmi les 27 économies d’Afrique subsaharienne couvertes, à la différence de plusieurs voisins régionaux ou pays comparables comme le Togo, le Sénégal, le Bénin ou la Côte d’Ivoire, déjà intégrés à cette phase pilote.
À défaut de données B-READY spécifiques au Gabon, l’indice de liberté économique 2025 publié par la Heritage Foundation offre un point de comparaison utile, en particulier sur la question du droit de propriété. Le Gabon y occupe la 110e place sur 176 pays à l’échelle mondiale, et la 16e position sur le continent africain, un score en léger recul par rapport à l’année précédente. Plus significatif encore pour le sujet qui nous occupe, le pays obtient un score de seulement 25,4 sur 100 pour la protection du droit de propriété, très en deçà de la moyenne mondiale, signe d’une garantie institutionnelle jugée insuffisante par cet indice.
C’est dans ce contexte que l’annonce présidentielle d’un futur cadre de réquisition, même encadré par des garanties constitutionnelles affichées, prend un relief particulier. Un pays déjà perçu comme offrant une protection limitée du droit de propriété introduit ici un motif supplémentaire d’incertitude pour les détenteurs d’actifs immobiliers, à un moment où les autorités cherchent par ailleurs, selon le même discours, à attirer des investisseurs privés dans des secteurs aussi sensibles que l’eau et l’électricité. La cohérence entre ces deux signaux, ouverture au capital privé d’un côté, durcissement potentiel sur la propriété bâtie de l’autre, dépendra largement de la manière dont le texte annoncé sera rédigé et appliqué.
Pour les investisseurs et les agences de notation qui suivent la trajectoire économique du Gabon, cette séquence mérite un suivi attentif. L’absence du pays dans le nouveau classement B-READY, alors que plusieurs économies de la sous-région y sont désormais présentes, constitue en soi un signal sur le degré de transparence et de disponibilité des données concernant l’environnement des affaires gabonais. La publication effective des mesures normatives de réquisition annoncées, et surtout la définition précise des critères d’abandon durable qui les déclencheront, seront les éléments concrets à surveiller pour mesurer l’impact réel de cette annonce sur la confiance des investisseurs.














