Le Gabon veut voir sortir le premier minerai industriel de Bélinga à l’horizon 2028, mais le calendrier affiché par les autorités avance aujourd’hui plus vite que le développement technique présenté par Fortescue. En janvier 2026, la Présidence avait publiquement associé le projet à cet horizon de production. Fin septembre, le groupe australien continue pourtant de classer Bélinga parmi ses projets d’exploration et intensifie encore les forages nécessaires à l’évaluation du gisement.
L’ambition fixée par Oligui Nguéma himself est considérable. En juin, la Présidence a présenté un complexe associant la mine de Bélinga à un chemin de fer minéralier de 535 kilomètres, un port en eau profonde à Kobé-Kobé et un barrage hydroélectrique de 400 mégawatts à Booué. La capacité envisagée pour la mine a été annoncée à 100 millions de tonnes de fer par an. Bélinga ne dépend donc pas seulement de l’ouverture d’une carrière : plusieurs infrastructures lourdes doivent progresser simultanément pour rendre possible cette production.
Le volume annoncé permet de mesurer l’échelle économique du projet. Fortescue a indiqué avoir expédié un record de 200 millions de tonnes de minerai de fer sur son exercice 2026. La capacité de 100 millions de tonnes avancée pour Bélinga représenterait donc, à elle seule, l’équivalent de la moitié des volumes annuels actuellement expédiés par le géant australien dans le monde. Passer d’un programme d’exploration à une chaîne capable de traiter et d’évacuer un tel volume suppose des investissements et une organisation logistique d’une tout autre dimension.
Le gouvernement semble d’ailleurs avoir intégré cette contrainte en cherchant à élargir le tour de table. Lors du lancement du projet intégré de Kobé-Kobé en juin, la Présidence citait des partenaires ou compétences provenant notamment de Chine, d’Italie, de France, d’Inde, des États-Unis et d’Australie et appelait les représentations diplomatiques à favoriser l’arrivée d’investisseurs et d’institutions financières. Le projet dépend ainsi d’un ensemble de partenaires miniers, ferroviaires, portuaires, énergétiques et financiers, au-delà du seul Fortescue.
Le calendrier de Bélinga repose donc sur deux temporalités différentes. L’État a déjà fixé une cible de production, un niveau de capacité et les infrastructures censées accompagner la mine ; Fortescue continue, lui, à accumuler les données nécessaires pour définir les conditions économiques et techniques de son développement. Avec 375 000 mètres de forage supplémentaires annoncés en septembre, la progression du projet est tangible, mais les étapes restant à franchir montrent combien l’échéance politique de 2028 dépend désormais de la vitesse à laquelle exploration, financement et construction pourront être transformés en un projet industriel opérationnel.













