Gabon : le PNCD peut-il dépenser 5 400 milliards fcfa par an, alors que l’État reconnaît déjà avoir du mal à réaliser ses investissements?

Le Plan national de croissance et de développement place le Gabon devant un rythme d’investissement sans précédent. Avec 27 000 milliards de fcfa à mobiliser entre 2026 et 2030, le programme représente, ramené sur cinq années, une moyenne de 5 400 milliards de fcfa par an, financements publics et privés confondus. Le gouvernement chiffre désormais la contribution de l’État à 10 000 milliards de fcfa et attend 17 000 milliards du secteur privé et des partenaires sectoriels. L’enveloppe globale de 27 000 milliards avait déjà été présentée publiquement dans le cadre du financement du PNCD.

Mais mobiliser ces sommes ne constitue qu’une partie du problème. Le gouvernement reconnaît lui-même des insuffisances dans la capacité de l’administration à transformer les financements disponibles en projets exécutés. Lors des travaux du 23 septembre consacrés au PNCD, les autorités ont notamment relevé un niveau d’exécution des investissements inférieur aux ambitions, ainsi qu’un manque de ressources humaines qualifiées pour préparer et suivre les projets.

Les comptes de l’État donnent déjà une mesure de cette difficulté. En 2025, sur 592,6 milliards de fcfa d’investissements budgétés, 435,2 milliards ont effectivement été exécutés, soit 73,4 %. La situation est nettement plus faible pour les investissements financés sur ressources propres : 155,1 milliards de fcfa ont été exécutés, correspondant à seulement 41,4 % des prévisions.

Le problème de préparation des projets est également apparu lors de la révision du budget 2026. Les investissements avaient initialement été fixés à 2 137,2 milliards de fcfa avant d’être ramenés à 1 169,1 milliards, soit près de 968,1 milliards supprimés. Le Conseil des ministres avait alors directement attribué cette réduction, pour l’essentiel, à la déprogrammation de projets dépourvus d’études de faisabilité. Le financement du PNCD dépend justement de ces études préalables, indispensables pour présenter des projets suffisamment préparés aux investisseurs et aux bailleurs.

Passer à une moyenne de 5 400 milliards de fcfa d’investissements à mobiliser chaque année suppose donc un changement d’échelle qui dépasse la seule recherche d’argent. Il faudra simultanément préparer les projets, réaliser les études, mobiliser les financements, passer les marchés puis exécuter les travaux. Or, au moment où le PNCD entre dans sa phase de financement, le gouvernement admet encore des faiblesses dans cette chaîne, tandis que les données budgétaires de 2025 et 2026 montrent que plusieurs centaines de milliards de fcfa d’investissements programmés n’ont pas été exécutés ou ont dû être retirés faute de préparation suffisante.

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