‎Agropag : le nouveau naufrage agricole gabonais ?

‎Le projet censé incarner la souveraineté alimentaire du Gabon sous la Ve République, vacille aujourd’hui au point que son propre président du conseil d’administration, Raymond Ndong Sima, en annonce la mort imminente. Une déclaration qui réactive le souvenir des nombreux programmes agricoles disparus avant d’avoir tenu leurs promesses.

‎Ce n’est pas un rapport d’audit qui l’affirme, mais le président du conseil d’administration lui-même. Ce jeudi 29 juillet, Raymond Ndong Sima a dressé un constat sans fard sur l’état de la Société agropastorale du Gabon (Agropag), créée en février 2026 pour succéder à la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (Saeg) : elle est en train de s’éteindre.

‎« J’ai participé à la création d’Agropag. Mais si vous voulez une réponse franche, Agropag est en train de mourir. C’est la vérité, et pas seulement ce qu’on entend dans les discours », a-t-il déclaré. Il accuse le directoire actuel de bloquer le fonctionnement de l’entreprise. La preuve ? Cinq conseils d’administration ont été tenus en trois mois, sans qu’aucune décision de base ne soit appliquée par la direction générale. « Sur ces cinq conseils, un seul document fait foi : celui du dernier. La totalité des points retenus par le conseil d’administration a été modifiée par la direction générale, qui fait exactement ce qu’elle veut », a-t-il précisé.

‎Face à cette situation, l’ancien chef du gouvernement dit avoir choisi de se retirer plutôt que de devenir, selon ses mots, « un élément du problème ». 

‎Un bilan de terrain qui interroge

‎Au-delà Au-delà de la crise de gouvernance, les résultats opérationnels d’Agropag suscitaient déjà des doutes à eux seuls. Le projet, qui devait associer élevage et maraîchage, interroge surtout au niveau du ranch de Ndéndé, dans le Sud du pays, où un cheptel de vaches importées du Brésil avait été transféré en grande pompe, en janvier 2025, dans l’optique de porter l’autosuffisance en viande bovine et en lait de vache.

‎Dix-huit mois plus tard, le public n’a vu ni brique de lait ni kilogramme de viande. Le suivi du projet lui-même reste difficile à établir selon tous les observateurs.

‎Si la disparition d’Agropag se confirme dans les jours à venir, elle s’ajoutera à une longue série de structures agricoles publiques gabonaises abandonnées avant d’avoir porté leurs fruits. Du Fonds de développement agricole aux fermes agro-industrielles des années 1980-1990, en passant par le très médiatisé programme Graine, lancé sous Ali Bongo.  Des initiatives abandonnées généralement sans évaluation ni sanction.

‎Reste à espérer que la sortie de Raymond Ndong Sima produise l’effet d’une alerte de mobilisation, au risque, d’ajouter un nouveau naufrage à l’histoire agricole du Gabon.

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