Gabon : 920 millions levés dans l’ombre d’une note dégradée

Le Gabon a bouclé ce 30 juillet une émission d’euro-obligations de 920 millions de dollars, contre un objectif initial de 750 millions. Le communiqué du ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations parle d’un retour réussi sur les marchés internationaux, avec un coupon fixé à 9,375%, un différé d’amortissement de trois ans et une maturité de sept ans, jusqu’en 2033. Le carnet d’ordres aurait dépassé le milliard de dollars, signe d’un appétit des investisseurs que les autorités attribuent à la confiance dans la signature gabonaise et dans le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030.

Le chiffre mérite d’être mis en perspective régionale. Le Cameroun avait emprunté à 10,125% en janvier avant de ramener son coût effectif à 7,79% via un swap de devises ; le Congo avait levé 850 millions à 9,5% en mai pour refinancer un eurobond arrivant à échéance. Le Gabon affiche donc, en apparence, de meilleures conditions faciales que ses deux voisins CEMAC. Mais l’opération intervient quelques semaines seulement après que Moody’s a dégradé la perspective de la note souveraine du pays, ce qui aurait dû, en théorie, renchérir le coût de la dette plutôt que l’alléger. Cette contradiction interroge sur la lecture que font réellement les marchés du risque gabonais, et mérite d’être creusée au-delà du satisfecit officiel.

Sur l’usage des fonds, le communiqué reste flou : les 920 millions serviront « au financement des projets d’investissement de l’État » et au « remboursement d’arriérés », sans détail sur la répartition entre ces deux postes, ni sur la nature des projets concernés, ni sur l’identité des créanciers d’arriérés qui seront remboursés en priorité. Cette opacité n’est pas anodine dans un pays où la gestion de la dette et des paiements aux fournisseurs de l’État a déjà fait l’objet de controverses. Un travail de vérification s’impose pour établir qui, concrètement, bénéficiera de ce remboursement d’arriérés.

Cette levée de fonds s’inscrit par ailleurs, dans un calendrier serré : le ministère annonce une mission du FMI attendue à Libreville en septembre, avec l’ambition de conclure un programme économique et financier avant la fin de l’année. Le succès de cette émission obligataire pourrait ainsi servir d’argument de négociation face au Fonds, en donnant l’image d’un pays capable de se financer sur les marchés sans conditionnalités. Reste à savoir si cette capacité d’emprunt à 9,375% est soutenable dans la durée, ou si elle ne fait que repousser une équation budgétaire que le programme FMI devra, in fine, trancher.

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