L’entrée du FGIS dans le périmètre de la Task Force n’est pas un fait isolé, c’est un symptôme. Depuis sa recréation, cette commission rattachée à la Présidence traque les dettes fictives, les marchés truqués et les surfacturations depuis les étages de l’immeuble Premium à Libreville, avec une mission qui consiste à vérifier que les fonds publics ont été engagés dans le respect des règles et que les prestations facturées correspondent à des travaux réellement exécutés. Or son champ d’action s’est récemment élargi bien au-delà des marchés publics classiques : un nouveau front s’ouvre sur les dividendes non reversés, les cessions irrégulières de parts et les comptabilités douteuses dans les sociétés à participation publique.
Cette extension révèle un point structurel : le Gabon compte, à côté du FGIS, un ensemble d’entreprises et de fonds publics ou parapublics logés hors du périmètre budgétaire classique, où le contrôle a longtemps été plus lâche que sur l’administration centrale. C’est précisément cette zone que la Task Force commence désormais à explorer. Le sous-texte est clair : si un instrument aussi visible et institutionnellement encadré que le FGIS peut faire l’objet d’un contrôle de cette nature, rien ne garantit que d’autres structures comparables, moins exposées médiatiquement, n’échappent pas encore totalement à l’examen.
Les précédents documentés par la Task Force donnent la mesure du risque. Sur les seuls marchés publics d’infrastructure, les enquêteurs ont établi que les surfacturations sur la route Ndjolé-Médouneu atteignaient 2,8 milliards de fcfa sur les seuls marchés de gros œuvre, soit près de 30 % du montant initial du contrat, tandis que le budget du chantier du stade d’Oyem avait dérapé de 47 %. Ces irrégularités ont été identifiées dans les fournitures informatiques, l’alimentation et les travaux, trois secteurs où l’État a longtemps été incapable de vérifier que son argent était bien dépensé. Si de tels écarts existent dans des marchés soumis à appel d’offres et à contrôle a priori, l’inquiétude est légitime concernant des structures logeant des participations complexes et des montages financiers moins standardisés, comme peuvent l’être les filiales d’un fonds souverain.
L’audit gouvernemental confirme d’ailleurs que le problème dépasse le seul FGIS. Le comité piloté par Thierry Minko a été mis en place après la détection d’irrégularités portant sur des projets non réalisés, des facilités financières non reversées au Trésor et des manquements dans la comptabilisation de certaines dettes. Cette formulation générique, « facilités financières non reversées », est précisément le type de passif qu’un véhicule d’investissement parapublic peut accumuler sans que cela transparaisse dans les statistiques de dette publique classiques.
La question posée dans ce titre n’a, à ce jour, pas de réponse chiffrée officielle, et c’est bien ce qui doit alerter. Tant que l’État ne publie pas une cartographie exhaustive de l’ensemble de ses véhicules d’investissement, entreprises publiques et fonds satellites, avec pour chacun un état des lieux de ses engagements hors bilan, le cas du FGIS restera un signal davantage qu’une résolution. La Task Force elle-même semble consciente de l’ampleur de la tâche restant à accomplir, puisque son mandat continue de s’élargir plusieurs années après sa création.













