Gabon : l’Etat va devoir payer une partie de ses dettes extérieures avant d’investir chez lui

Sur les 920 millions de dollars levés en juillet via un placement privé extérieur, une partie significative ne financera pas de nouveaux projets d’infrastructure ou de services publics au Gabon. Selon Fitch Ratings, l’Etat gabonais prévoit d’utiliser environ la moitié de ce produit pour apurer une partie de ses arriérés extérieurs, un choix qui traduit une priorité donnée au rétablissement de sa crédibilité auprès des créanciers plutôt qu’à l’investissement immédiat.

Le montant total des arriérés extérieurs du Gabon s’élevait à 761 millions de dollars à fin 2026, selon la note de l’agence. Ce stock se répartit entre 160 millions de dollars dus à des bailleurs de fonds multilatéraux et 319 millions de dollars auprès de créanciers bilatéraux, le solde concernant vraisemblablement d’autres catégories de créanciers. Ces sommes correspondent à des engagements que l’Etat gabonais n’a pas honorés dans les délais prévus, une situation qui pèse sur sa réputation financière internationale et complique l’accès à des financements concessionnels moins coûteux.

Pour les Gabonais, cet arbitrage budgétaire soulève une question simple mais essentielle : pourquoi consacrer une part importante d’un emprunt récent, assorti d’un rendement de 12,6%, au remboursement de dettes anciennes plutôt qu’au financement de projets créateurs d’emplois ou de services publics immédiats ? La réponse tient dans la logique financière internationale. Fitch souligne explicitement que l’apurement des arriérés dus au secteur public faciliterait les négociations avec le FMI, un objectif que les autorités semblent considérer comme prioritaire.

Cette stratégie s’inscrit dans un calcul de long terme : régulariser sa situation vis-à-vis des créanciers multilatéraux et bilatéraux permettrait au Gabon de retrouver un accès à des financements moins onéreux que ceux mobilisés actuellement sur les marchés commerciaux. C’est un pari sur la confiance retrouvée, dont le bénéfice ne se matérialisera pas immédiatement pour les citoyens gabonais, mais qui pourrait, à terme, réduire le coût global de la dette publique et libérer des marges budgétaires pour l’investissement productif.

Reste que ce choix intervient dans un contexte où l’exécution des dépenses d’investissement du premier semestre 2026 n’a atteint que 23% de l’objectif budgétaire révisé, selon les données provisoires citées par Fitch. L’argument de la priorité donnée à l’apurement des arriérés plutôt qu’à l’investissement immédiat perd ainsi une partie de sa portée critique, la capacité de l’Etat à consommer ses crédits d’investissement demeurant elle-même limitée.

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