La modernisation des voiries dans les 3ᵉ et 6ᵉ arrondissements de Libreville, entre le Camp de Police et la Baie des Cochons ainsi que sur l’axe reliant le carrefour MCD à Bethsaïda, représente un investissement public dont la présidence ne communique ni le montant global ni la source de financement. Au-delà du coût de construction, la multiplication des équipements annexes, chaussées rénovées, ouvrages d’assainissement, parkings publics, abribus modernes et aires de jeux, engage mécaniquement une charge récurrente d’entretien dont la prise en charge budgétaire, communale ou étatique, n’est pas précisée.
L’appel lancé aux populations riveraines pour préserver les ouvrages et éviter les occupations anarchiques traduit une préoccupation légitime des autorités quant à la durabilité de l’investissement consenti. Mais cet appel à la responsabilité individuelle intervient sans dispositif visible de gestion de proximité, brigades d’entretien, budget communal dédié ou mécanisme de sanction, ce qui reporte sur les seuls habitants une charge de préservation que les grandes villes ayant réussi ce type de transformation urbaine ont généralement accompagnée d’une structure de gestion dédiée et financée.
La mention des occupations anarchiques renvoie également à un enjeu économique sensible, celui des activités commerciales informelles qui occupent souvent les abords de voirie dans ces quartiers populaires. La libération des espaces publics au profit de la circulation et des aménagements paysagers peut améliorer la mobilité, mais elle est également susceptible de déplacer ou de fragiliser des revenus informels préexistants, sans qu’aucune mesure d’accompagnement, relocalisation, marché de substitution, ne soit évoquée dans la communication officielle.
Cette vague de travaux dans des quartiers populaires de Libreville, alors que d’autres zones de la capitale demeurent en attente de rénovation comparable, pose enfin une question d’équité territoriale dans l’allocation des ressources publiques d’aménagement urbain. L’absence de calendrier ou de programmation pluriannuelle communiquée pour l’ensemble du Grand Libreville ne permet pas d’apprécier si ces interventions s’inscrivent dans un plan d’investissement structuré et priorisé, ou si elles répondent à une logique de visites présidentielles ponctuelles.
À terme, la valeur ajoutée économique de cette modernisation, désenclavement, hausse potentielle de la valeur foncière, attractivité pour le commerce local, dépendra largement de la capacité des pouvoirs publics à sécuriser un financement pérenne de l’entretien, sans lequel les infrastructures livrées risquent de se dégrader rapidement et de reproduire, à moyen terme, la situation qu’elles étaient censées corriger.














