Santé mentale : et si Guy-Patrick Obiang Ndong avait pris le problème par le mauvais bout ?

LE COFFRET

Alors qu’il avait annoncé débarrasser les rues de Libreville des malades mentaux, le défi du ministre de la Santé, Dr. Guy-Patrick Obiang Ndong peine à se concrétiser. Une désillusion dûe, manifestement, à la faiblesse matérielle et humaine du Centre psychiatrique de Melen, incapable, en l’état actuel, de suivre le rythme imposé par la tutelle.

Cela devait être LE chantier d’entrée en matière du Dr Guy-Patrick Obiang Ndong, après sa nomination en juillet 2020 comme ministre de la Santé. Un an et demi plus tard, son pari de débarrasser Libreville des malades mentaux errants et parfois tout nus est loin d’être gagné. Si une trentaine d’entre eux avaient été recueillis au plus fort de la mission, globalement, les rues de la capitale demeurent les abris de ceux qui sont communément appelés « fous ».

Cette réalité suscite interrogations et railleries au sein de l’opinion publique, le membre du gouvernement avait laissé penser que ce problème, qui paraissait insoluble aux yeux de beaucoup, allait désormais être derrière nous.

Mais à y regarder de près, la problématique est moins dans le “ramassage” des malades mentaux que dans la capacité à les prendre en charge. Unique structure de prise en charge des malades mentaux au Gabon, l’hôpital psychiatrique de Melen ne peut pas suivre la cadence souhaitée par la tutelle. C’est ce qu’a avoué une source proche de la direction générale du Centre, jointe ce jour par l’équipe d’Inside news241. L’informateur a évoqué des problèmes de « capacités d’accueil« , de « médicaments disponibles« , et même d’alimentation des malades internes. Ce à quoi il faut ajouter un personnel soignant insuffisant, avec « seulement » deux médecins psychiatres pour tout l’hôpital, et huit techniciens supérieurs.

Des manquements qu’avait déjà mis en lumière le directeur général sortant du Centre psychiatrique de Melen, Thierry Bayito Mokoko, dans une interview accordée à notre confrère Gabonreview en octobre dernier. Morceaux choisis : « Actuellement, nous avons un problème de places. C’est la raison pour laquelle beaucoup de malades mentaux traînent dans les rues. En effet, la capacité litière n’est pas assez importante : nous tournons autour de 100 lits. Et là encore, seuls 80% de ces lits sont fonctionnels. Il faut doubler, voire tripler, la capacité litière. Cela passe également par la construction de nouveaux bâtiments au sein du Centre psychiatrique de Melen« .

Concernant l’accompagnement de la tutelle, le DG affirmait : « notre budget est toujours stagnant, il n’évolue pas. Jadis, il y a peut-être dix ans, il oscillait entre 400 et 500 millions de francs CFA. Or, aujourd’hui, cette enveloppe est de près de 200 millions de francs CFA. Avec ce budget, nous ne pouvons pas nous en sortir, surtout pour l’achat des médicaments« .

Ainsi, pour ne pas donner l’impression de mettre la charrue avant les boeufs, l’actuel ministre de la Santé gagnerait à résoudre, prioritairement les problèmes du Centre psychiatrique de Melen, avant de penser y envoyer des pensionnaires. La solution devrait d’ailleurs être plus globalisante, car la problématique des malades mentaux se pose aussi à l’intérieur du pays. Malheureusement, à ce jour, seule Libreville dispose d’une unité de soins psychiatriques.

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