Communiqué : le Copil citoyen dénonce la rupture des antirétroviraux au Gabon

LE COFFRET

La sortie du ministre de la Santé Dr. Guy Patrick Obiang Ndong niant « toute rupture des antirétroviraux » au Gabon, relayée par nos confrères de Gabonreview, a été vivement critiquée par la société civile. Pour cause, la réalité de la situation des personnes vivant avec le VIH-Sida serait tout autre depuis décembre 2021. C’est ce que révèle, dans un communiqué reçu par notre rédaction ce lundi 25 juillet, le Copil citoyen qui a rencontré deux responsables des organisations des personnes vivant avec le VIH/Sida. Ces derniers confirment la rupture des antirétroviraux, la non gratuité de l’examen lié à l’évaluation de la charge virale, la non gratuité de l’examen lié au génotypage, entre autres maux. Nous publions in extenso ledit communiqué.

« Le vendredi 22 juillet 2022, le Copil Citoyen s’est entretenu à sa permanence avec Mme Mariame Fatou MOUSSOUNDA NZAMBA, Présidente REGAP+ et M. Thierry MBOME NYAMI, tous deux responsables des organisations des personnes vivant avec le VIH/SIDA sur la question de la rupture d’antirétroviraux depuis le mois de décembre 2021.

En 2021, cela faisait 40 ans que le SIDA a été déclaré dans le monde. 40 après, on a enregistré environ 37 millions de personnes infectées, dont 25,3 millions en Afrique et 35 millions en sont décédées, soit près des ¾ des personnes infectées. Ce nombre a considérablement diminué grâce aux différentes évolutions scientifiques comme la bithérapie injectable pratiquée depuis décembre 2021 en France ,quand le Gabon demeure sur le traitement classique des antirétroviraux. 

Le Copil Citoyen constate pour le regretter que le Gabon, autrefois champion dans la lutte contre le VIH/SIDA sous l’ex-première dame Edith Lucie BONGO ONDIMBA n’est plus qu’un souvenir. L’actuelle première dame, Sylvia BONGO ONDIMBA faisant du Cancer et la promotion des droits des homosexuels ses combats prioritaires. Sans remettre en cause les combats contre le Cancer et les droits des homosexuels, le Copil Citoyen rappelle à tous que le SIDA, la Tuberculose demeurent des priorités depuis des décennies tout comme le Cancer devenu un problème de santé publique. SIDA, Tuberculose et Cancer sont reconnus comme des priorités pour lesquels ne ménager aucun effort pour les éradiquer.

L’entretien avec les responsables des organisations des personnes vivants avec le VIH/SIDA nous a permis de réaliser la gravité de la situation des PVVIH, à savoir :

1. Rupture des antirétroviraux depuis décembre 2021, soit depuis plus de 6 mois, ayant entrainée la dégradation de la santé de plusieurs et le décès d’autres ;

2. La non gratuité de l’examen lié à l’évaluation de la charge virale fixée à 42.000 FCFA ;

3. La non gratuité de l’examen lié au gênotypage estimée à 80.000 FCFA à l’hôpital Militaire, à défaut de payer jusqu’à 300.000 FCFA quand il faut le faire dans une structure privée ;

4. Facturation à 15.000 FCFA de l’examen de CD4 et non gratuité des bilans médicaux des Personnes vivants avec le VIH (PPVIH), bilan nécessaire pour obtenir un traitement ;

5. Absence du matériel nécessaire pour les examens médicaux des PPVIH dans les structures publiques et encore plus celles de proximités,* certains équipements achetés avec l’argent du contribuable pour renforcer les structures publiques ont semblent-ils été orientés vers les cliniques privées de certains médecins affectés à la lutte contre le VIH/SIDA;

6. L’absence du minimum médical en province pour permettre un meilleur suivi des PPVIH ;

7. L’inexistence d’une véritable politique sociale pour les PPVIH dont plusieurs vivent dans des conditions des plus misérables pour une maladie exigeant une certaine hygiène de vie.

Le Citoyen Citoyen observe pour le regretter que la lutte contre le VIH/SIDA a été réduite aux activités branding de célébration des journées inhérentes qu’à réellement lutter contre cette pandémie. Le Copil Citoyen a mis ses équipes sur le terrain pour démanteler tout le réseau des administrations, autorités et personnels soignants qui se servent de la cause du VIH/SIDA au Gabon comme leur activité économique au lieu d’œuvrer à sauver des vies.

Ainsi, le COPIL CITOYEN a mené ses investigations préliminaires qui ont permis d’aboutir aux conclusions suivantes :

• En matière de facilité accordée à la lutte contre le VIH/SIDA :

Exonération de C.S.S dans la loi de finances 2017 et de T.V.A, dès loi de finances 2021 sur les prestations relevant de l’exercice légal des professions médicales à savoir, les examens, consultations, soins, hospitalisation, travaux d’analyse et de biologies médicales et les fournitures de prothèses effectuées par les formations sanitaires, les matériels et produits servant à la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose, la fièvre jaune et les infections virales sévères liées aux maladies infantiles.

• En matière d’appui budgétaire :

1. Sur les 3 derniers exercices budgétaire de 2020 à 2022, correspondant à l’arrivée de l’actuel Ministre de la Santé au Secrétaire Général dudit Ministère, puis à la tête de ce dernier, le Copil Citoyen observe une augmentation de 76,25% des dépenses de biens et services liées à la lutte contre le SIDA passant ainsi de 2 milliards en 2019 à 3,525 milliards dès 2020 ; un montant constant à ce jour.

2. Sur la même période de 2020 à 2022, le Copil Citoyen observe une réduction drastique de 70,37% des dépenses de personnels passant de 1,170 milliard en 2019 à 346,867 millions en 2020 et ce jusqu’à ce jour.

Ainsi, sur les 3 dernières années, c’est 10,575 milliards en biens et services ont été investis pour la lutte contre le VIH/SIDA, contre 6 milliards sur la même période précédente. Malgré, une augmentation de plus de 4,5 milliards des dépenses de biens et services et des allègements fiscaux depuis 2017, le Gabon enregistre quand même une rupture d’antirétroviraux et les coûts des examens pour les PVVIH demeurent toujours aussi élevés.

Comparativement, la République Démocratique du Congo, pays auprès duquel le Gabon à travers l’ONUSIDA avait négocié l’envoie d’antirétroviraux avec comme garantie l’Etat gabonais rembourserait ou payerait ladite livraison ne connait pas pareilles situations. En rappel, la RDC compte 2 fois plus de patients VIH/SIDA que le Gabon (94.000 pour la RDC contre 46.000 pour le Gabon en 2021). La RDC a un taux de séropositifs plus de 20 fois inférieur (0,08% pour la RDC contre 2,16% pour le Gabon). La RDC a une population plus de 50 fois supérieure au Gabon (107 millions d’habitants pour la RDC contre 2,13 millions pour le Gabon).

Comment expliquer que la RDC, pays ayant une population plus importante que le Gabon, ayant plus de cas positifs que le Gabon et investis moins de moyens que le Gabon assure convenablement le suivi de ses patients (plus de 90% suivant le traitement) et que le Gabon, quoique ayant éjectés 4,5 milliards en plus sur les 3 dernières années se retrouve à ne suivre qu’à peine 52% de ses patients en plus d’enregistrer une rupture d’antirétroviraux depuis 6 mois et des coûts d’examens PPIVH élevés sans compter l’absence de véritables politiques sociales pour les PPVIH ? 

Le Copil Citoyen invite à l’ouverture d’un audit sur les fonds affectés à la lutte contre le SIDA et un audit qualité sur la prise en charge des patients VIH/SIDA au Gabon. Cette situation est inadmissible et inhumaine, surtout quand l’ONUSIDA et le Gouvernement gabonais disent œuvrer pour l’atteinte des objectifs 90-90-90 contre le SIDA d’ici 2030. Mieux, l’ONUSIDA a adopté la stratégie mondiale de lutte contre le SIDA 2021-2026, la situation du Gabon se trouve être un gros frein à l’atteinte de ces objectifs et doit être dénoncée par l’ONUSIDA.

Le Copil Citoyen manifeste une fois de plus sa solidarité à l’endroit de personnes vivantes avec le V.I.H/SIDA et s’engage à faire de ce dossier, sa priorité. Dans ce sens, le Copil Citoyen lance sa campagne des  trois 0 contre le SIDA au Gabon à savoir : 0 Rupture ARV, 0 Paiement des examens VIH/SIDA et 0 détournement de fonds VIH/SIDA.

Fait à Libreville, le 25 juillet 2022  

Pour le Copil Citoyen, le Porte-parole.

Geoffroy FOUMBOULA LIBEKA MAKOSSO »

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