Gabon : l’investissement public, parent pauvre de notre économie

LE COFFRET

Au cœur du « monde d’après », l’investissement public censé jouer un rôle central pour favoriser la reprise économique, notamment dans les pays en développement, semble moins privilégié par les décideurs. Préférant miser sur une hausse toujours plus conséquente des dépenses publiques comme c’est le cas au Gabon, ces derniers tendent à minimiser l’impact que pourrait avoir une plus grande efficacité des investissements, préférant simplement « recycler le surplus pétrolier », comme le révélait le PNUD dans son rapport publié il y a deux ans sur l’Impact socio-économique de la Covid-19.

« La COVID-19 a certes des conséquences sanitaires de grande ampleur, ses conséquences économiques risquent d’être importantes car ils tirent profit de certaines lacunes structurelles tout en les amplifiant ». Tels étaient les mots des experts du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), dans leur rapport relatif à l’impact socio-économique de la pandémie. Évoquant des failles structurelles dans un pays qui, à chaque crise, privilégie « l’ajustement budgétaire au détriment des réformes structurelles », l’instance Onusienne remettait déjà en doute la capacité des autorités à faire face à cette crise sur le long terme.

En effet, au regard de la faible efficacité des investissements publics et surtout de leur financement « uniquement basé sur le recyclage du surplus pétrolier », autant dire sur les fonds de cuves pétrolières, et du « caractère non-optimal de l’allocation des ressources publiques et privés en fonction des avantages comparatifs du pays », il apparaît difficile pour un pays comme le Gabon de s’en sortir sur le long terme. Pour preuve, malgré les multiples crises économiques liées à la conjoncture internationale qui l’ont bouleversé au fil des ans, aucune leçons n’a été tirée puisque la solution envisagée reste la même. 

Entre 1985 et 1995 par exemple, alors que le pays voyait le prix du baril du pétrole chuter de 50% en 1985-1986 avec comme conséquence la chute du PIB par habitant de 4% en 1986 et de 17% en 1987, la détérioration du compte courant de 10% à -19% du PIB entre 1985 et 1986, « la seule réforme engagée pour faire face à cette situation a été un rapide ajustement budgétaire avec notamment la réduction de deux-tiers des investissements publics entre 1985 et 1987 », révèle le rapport. Idem entre 97 et 2006 où dans un cas similaire, le taux d’investissement était ainsi passé de 33% à 21% entre 1997 et 2000. 

N’apprenant que peu sinon pas du tout de ses erreurs dont les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’exécutif gabonais est encore aujourd’hui dans cette même logique de hausse du niveau d’endettement et de baisse des investissements, deux aspects qui entraînent inéluctablement un ralentissement économique et une hausse du niveau d’inflation. Un bis repetita qui interroge sur la capacité de l’équipe dirigeante actuelle à tirer le pays vers le haut. Ce n’est pas cette structure économique inchangée depuis quatre décennies qui prouvera le contraire. 

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