Ramassage des ordures ménagères : une aide militaire diversement appréciée

LE COFFRET

Alors que le ministère de la Défense a annoncé que les militaires vont désormais aider au ramassage des ordures ménagères à Libreville, Owendo et Akanda, cette décision ne laisse pas indifférent. Dans la rue, il y a ceux des Gabonais qui y lisent une incapacité des mairies à gérer cette question régalienne, quand d’autres louent cet appui républicain de l’armée, en temps de paix. 

Le Grand Libreville devrait avoir meilleure allure dans les jours qui viennent. Du moins, pour ce qui est de la salubrité. C’est que l’armée gabonaise a accepté d’accompagner les mairies dans le ramassage des ordures ménagères dans la capitale gabonaise et sa périphérie. C’est ce qu’a confirmé le secrétaire général adjoint du ministère de la Défense, général de brigade aérienne Félicien Koyi, dans un communiqué lu mercredi au soir à la télévision nationale. 

« (…) Force républicaine par excellence, engagée de manière constante à participer aux actions de développement de notre pays, notamment par l’appui aux collectivités locales, les Forces de défense et de sécurité sont mobilisées pour organiser et mettre en œuvre cette opération d’intérêt général et salutaire », a confirmé le responsable militaire.

Mais voilà, cette action est diversement appréciée dans l’opinion. Pour beaucoup, il s’agit ni plus ni moins que d’un aveu d’incapacité des collectivités locales, alors que celles-ci amassent assez d’argent pour mener à bien leur mission de salubrité. 

« Les Gabonais payent une taxe de 7%  sur leurs factures d’électricité à la SEEG au titre de la contribution pour les ordures ménagères. Où donc passe cet argent pour que nos soldats soient transformés en éboueurs? », a par exemple avancé sur les réseaux sociaux, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, conseiller municipal de la commune d’Akanda pour le compte de l’Union National (UN), qui ne s’explique pas cette inertie. 

Un dépit partagé par A. N., une Librevilloise, qui ajoute qu‘«en dépit de cette taxe, et malgré les budgets que les mairies gèrent désormais en lieu et place du ministère de l’Intérieur pour  la collecte des ordures ménagères, Libreville et ses environs croupissent dans les ordures».

Autre observateur assidu de la société gabonaise, Étienne Francky Meba Ondo,(ancien chargé d’étude de l’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur Jean De Dieu Moukagni Iwangou) a lui un avis différent. Il soutient l’affectation des militaires aux missions de salubrité, notamment en temps de paix. Et son argumentaire est minutieusement construit.

« (…)Loin des moqueries et postures de politique politicienne qui commentent cette actualité, il faut saluer cette décision et rappeler certains faits et principes qui la justifient. D’abord, les faits ne sont pas nouveaux. Que chacun revisite la Constitution au titre préliminaire des principes et droits fondamentaux. L’article premier, alinéa 22, dispose que : « 𝘌𝘯 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘥𝘦 𝘱𝘢𝘪𝘹, 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘰𝘳𝘤𝘦𝘴 𝘢𝘳𝘮𝘦́𝘦𝘴 𝘨𝘢𝘣𝘰𝘯𝘢𝘪𝘴𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘶𝘷𝘦𝘯𝘵 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘪𝘤𝘪𝘱𝘦𝘳 𝘢𝘶𝘹 𝘵𝘳𝘢𝘷𝘢𝘶𝘹 𝘥𝘦 𝘥𝘦́𝘷𝘦𝘭𝘰𝘱𝘱𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘦𝘵 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘭 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘕𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 ». (…) Pour un ministère de la Défense nationale qui compte un peu plus de 22 291 fonctionnaires militaires, soit l’effectif le plus important, lorsqu’on détache l’Education nationale de l’Enseignement supérieur (27 533 fonctionnaires pour les deux départements en 2021), il est justifié que son budget de plus de 142 milliards de fcfa serve également aux activités d’intérêt général en temps de paix comme l’indique la Constitution ».

Quoi qu’il en soit, les populations se rejoignent dans l’envie de voir leurs villes débarrassées des ordures ménagères. Premières vitrines du pays, Libreville, Owendo et Akanda ne sont pas encore les villes propres souhaitées par ceux qui les dirigent. En témoignent de nombreux quartiers qui demeurent prisonniers de poubelles. Pour certains de ces quartiers d’ailleurs, le cas de La SNI, cette tâche a été confiée à une société privée qui opère parfois une fois… la semaine. C’est dire si le mal est profond.

Laisser un commentaire

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dernière Publication

Télesphore Obame Ngomo : « Qui veut en finir avec Ali Bongo ? »

Dans une tribune publiée sur sa page Facebook intitulée « Le débat de Missélé eba’a », le président de...

Top 5 des articles les plus lus par nos lecteurs

Nos lecteurs ont aussi aimé cet article

Soutenez la presse libreChoisissez une offre
+
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x