Gabon : Réagir et le spectre « des Bongo »

LE COFFRET

Si le nouveau parti de l’opposition a eu le génie de rassembler des hommes politiques d’expérience aux côtés de plusieurs membres de ce qui est souvent présenté comme la Résistance à Ali Bongo, la présence supposée à sa tête d’autres Bongo, et d’Omar Denis précisément, à qui l’on prête des intentions présidentielles, suscite moults appréhensions.

A peine porté sur les fonts baptismaux le 20 mars dernier lors d’un congrès extraordinaire, le parti politique de l’opposition Réappropriation du Gabon, de son indépendance pour sa reconstruction (Réagir) est au centre d’un tourbillon médiatique. Entre le  soupçon d’être géré dans l’ombre par des «Bongo», et la propagande plutôt maîtrisée de ses concepteurs, l’ancienne association politique fait pour le moins réagir le microcosme politique gabonais depuis sa création il y a une dizaine de jours.

Des Bongo, il est question de Félix Bongo, membre du directoire de Réagir, après avoir été vice-président de l’association politique en France; de Christian Bongo Ondimba, que l’on dit en arrière-plan ; mais surtout d’Omar Denis Bongo Ondimba qui, bien que n’appartenant pas à ce regroupement, est présenté comme le marionnettiste en chef. Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions autour de ce parti. Comme à chaque fois que ce patronyme est associé à un mouvement de l’opposition.

« Remplacer un Bongo Ondimba par un autre  au sommet de l’État. Ils n’ont pas trouvé mieux? », s’interroge, incrédule, un internaute à ce propos. S’il faut reconnaître qu’Omar Denis n’est officiellement pas rattaché à Réagir, plusieurs faisceaux d’indices tendent à prouver  le contraire. D’abord, lorsqu’au lancement du parti, le président de Réagir, François Ndong Obiang,  a invité les populations à sortir de l’invective parfois fixée sur une famille, il a laissé penser que ce nouveau parti politique souhaitait ménager certaines sensibilités au sein de la famille présidentielle. 

L’on peut également rattacher Omar Denis à Réagir en analysant les écrits de certains de ses proches. C’est le cas de Joëlle Mpouho, sa cousine consanguine, connue dans la sphère de la «Résistance Gabonaise en France», qui s’est fendue d’un post pour le moins interpellateur il y a quelques jours. 

« Il faut résider au Gabon durant 6 mois consécutifs chaque année avant les élections pour être candidat. Donc partant de ce principe, laissez Omar Denis tranquille! Je vous invite plutôt à RÉAGIR pour un Gabon nouveau! ». 

Le même rapprochement a été fait par l’ancien vice-premier ministre Bruno Ben Moubamba lorsque, interpellant l’ancien proche de Jean Ping, Judes Bertrand Mekame Mba, qui annonçait son adhésion à ce parti, s’est fendu de cette question : « le parti d’Omar Denis?».

Que dire des nombreuses alertes données dans ce sens par les activistes gabonais, dont un des plus suivis, Yann Ndong sur sa page dénommée «Bandecon en chef», sans aucun démenti de Réagir. En interne, certaines voix se contentent de relativiser ces faits supposés. « Si certains font une fixation sur ce patronyme et les individus qui le portent, alors qu’ils sont des Gabonais comme tant d’autres dans Réagir,  cela n’engage qu’eux », a par exemple argué Meboon Môôn Meba Ondo, ancien militant de l’Union pour la Solidarité (US) et désormais membre de ce nouveau parti de l’opposition. 

Il faut rappeler qu’en tant que Gabonais,  les membres de la famille Bongo ont, au même titre que tous les compatriotes, la latitude de prétendre à l’engagement politique de leur choix. Même si une certaine opinion estime qu’« au bout de 55 ans, on doit essayer un autre patronyme au sommet de l’État ». C’est sur cette équation ambivalente que Réagir pourrait être amené à trancher dans les mois qui viennent, au cas où les intentions qui lui sont prêtées s’avèrent exactes. 

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